fort


fort

1. fort, forte [ fɔr, fɔrt ] adj. et n. m.
Xe; fém. fort jusqu'au XIVe; lat. fortis
IQui a de la force, un grand pouvoir d'action.
1Qui a de la force physique. puissant, résistant, robuste, solide, vigoureux; fam. balèze, baraqué, costaud. Un homme grand et fort. hercule, fam. malabar (cf. Armoire à glace). Être fort comme un Turc, comme un bœuf, très fort. « Il le poussa vers la porte; Philippe voulut résister, mais c'était désespérant : Maurice était fort comme un bœuf » (Sartre). Par ext. Forte constitution. Le sexe fort : les hommes. — Loc. prov. « La raison du plus fort est toujours la meilleure » (La Fontaine) :le plus fort fait toujours prévaloir sa volonté. — Fig. Prêter main-forte. main-forte. La manière forte : la contrainte, la violence. Recourir à la manière forte.
2(XVIe) Considérable par les dimensions. important, fam. maous, massif. (Personnes) euphémisme pour gros. Femme forte, un peu forte. corpulent, gros. Personne forte des hanches. large. Être fort de poitrine. Une forte poitrine, très développée. ⇒ opulent. Forte charpente. Mains fortes. Nez fort, gros et grand.
3Qui a une grande force intellectuelle, de grandes connaissances (dans un domaine), qui excelle dans la pratique (de qqch.). 1. bon, capable, doué, habile, savant; fam. calé, fortiche. « En atteignant à la fin de sa seconde année de droit, Oscar, déjà beaucoup plus fort que beaucoup de licenciés » (Balzac). Il n'est pas très fort (cf. Il n'a pas inventé la poudre, le fil à couper le beurre). « Nous disions : “C'est un brave homme, mais il n'est pas bien fort” » (Romains). Être fort en maths, en français. fam. trapu. « Jeanne était forte en orthographe » (Aymé). Subst. Un fort en thème. Être fort sur une question, un point, un sujet. Être fort dans sa partie. Être fort à un exercice, un jeu, savoir très bien le pratiquer. Fort au tir, à la course. Fort aux échecs. imbattable. Par plais. Il est toujours très fort pour parler, critiquer. Être fort en gueule, et subst. C'est un fort en gueule. fam. braillard, 2. gueulard (cf. Une grande gueule).
Fam. (Choses) adroit, intelligent, malin. J'ai lu sa dernière critique : ce n'est pas très fort ! terrible. C'est trop fort pour moi. ardu, fam. calé, difficile . C'est son point fort.
II(XIIe; la force considérée sous des aspects passifs)
1(Choses) Qui résiste, a de la force (II, 3o). résistant, solide. Papier fort. épais. Fil, ruban fort ( extrafort) . Colle forte. tenace. Terre forte, argileuse, difficile à labourer. ⇒ gras. Fig. Ils sont unis par des liens très forts.
2(XIIIe) Une place, une ville forte. fortifié; 3. fort (II), fortification. Un château fort. Par anal. Coffre-fort (voir ce mot). Chambre-forte.
3(Sur le plan moral) Qui est capable de résister au monde extérieur ou à soi-même. aguerri, armé, courageux, énergique, 1. ferme. Être fort dans l'adversité, l'épreuve (cf. Tenir bon). « Un homme est bien fort quand il s'avoue sa faiblesse » (Balzac). « Le repliement sur soi-même n'est bon qu'aux natures singulières et fortes » (Montherlant). La femme forte dont parle l'Écriture sainte. Spécialt Une forte tête. Les esprits forts : les incrédules.
III(XIIIe vin fort) Qui agit beaucoup ou efficacement ( force, II, 4o ). AIntense, actif.
1Intense (mouvement, effort physique). Coup très fort. énergique, violent. Forte poussée. Un vent fort. Mar. Mer forte : état de la mer lorsque la hauteur moyenne des vagues est comprise entre 2,5 et 4 mètres. Mer très forte, dont les vagues ont entre 4 et 6 mètres. — (Avant le nom) Qui dépasse la normale. Forte montée, forte descente. raide. Fortes chutes de neige, de pluie. abondant. Forte fièvre. fam. carabiné (cf. Une fièvre de cheval). Payer une forte somme. gros. De fortes chances de succès, de réussite. grand. (Après le nom) Payer le prix fort.
2Dont l'intensité a une grande action sur les organes des sens. — (Opposé à doux, léger) Lumière forte. Par ext. Voix forte. claironnant, sonore. Spécialt Accent fort, forte accentuation d'une syllabe. Consonne forte, « qui comporte une intensité notable de l'effort musculaire exigé par l'articulation » (Marouzeau). — Mus. Temps fort. Des odeurs fortes. lourd, violent. « Des seringas dont je sens encore le parfum très fort » (Maurois). enivrant, pénétrant. Haleine forte. mauvais. Goût fort, saveur forte. Par ext. Fromage fort. avancé, 1. fait. Moutarde très forte. extrafort, 1. piquant. Sauce trop forte qui emporte la bouche ( épicé, 1. relevé) . Tabac fort, cigarettes fortes.
Spécialt Qui affecte violemment le goût, par la concentration de l'infusion, du mélange. Café fort. serré. Thé fort. (Par le degré d'alcool.) Vin fort, très alcoolisé. Liqueurs fortes.
3(Abstrait) grand, intense. Éprouver des sentiments très forts pour qqn. Douleur trop forte. Une forte appréhension. Aimer les sensations fortes. Faire une forte impression sur qqn. vif. La tentation était trop forte. Les moments, les temps forts d'un film, où l'émotion est intense, l'intérêt soutenu. — « Voilà une raison bien forte (je ne dis pas bien bonne) en sa faveur » (d'Alembert). puissant. À plus forte raison : d'autant plus. ⇒ a fortiori. De fortes présomptions pèsent sur lui. grave, lourd. Une forte opposition au sein du gouvernement.
4Dont l'intensité a un grand pouvoir d'évocation (moyens d'expression). L'épithète est un peu forte ! outré. Ce mot n'est pas assez fort. « le mouvement de révolte est plus qu'un acte de revendication au sens fort du mot » (Camus). Une œuvre forte. puissant, vigoureux.
5(XVIIe) Difficile à croire ou à supporter par son caractère excessif. La plaisanterie est un peu forte. exagéré, poussé (cf. Passer les bornes, la mesure; aller trop loin). Fam. Elle est forte celle-là ! se dit d'une histoire, d'une aventure étonnante. C'est un peu fort, où est-il passé ? formidable, inouï, raide. C'est un peu fort de café. Ça, c'est trop fort ! inadmissible. Ce qu'il y a de plus fort, le plus fort c'est que... extraordinaire, incroyable, invraisemblable; pire. « Et le plus fort, c'est qu'il le croyait » (A. Daudet). C'est plus fort que de jouer au bouchon. De plus en plus fort !
BEfficace.
1Qui agit avec force, est capable de grands effets. Remède fort. agissant, 1. efficace (cf. Un remède de cheval). Prendre des somnifères de plus en plus forts. Ces lunettes sont trop fortes pour moi. Les explosifs les plus forts. puissant.
Phys. Interaction forte, responsable de la cohésion des noyaux atomiques.
2(Personnes) Qui a un grand pouvoir d'action, de l'influence (souvent opposé à faible). influent, puissant. Avoir affaire à forte partie, à un adversaire puissant et redoutable. Trouver plus fort que soi. « Il y a bien un droit du plus sage, mais non pas un droit du plus fort » (Joubert).
♢ ÊTRE FORT DE : puiser sa force, sa confiance, son assurance dans. Être fort de la protection, de l'aide, de l'assentiment de qqn. Fort de son innocence, il nie les accusations. Forte de son expérience en la matière. « Eux, forts de ce qu'un fermier se remplace malaisément, réclamèrent d'abord une diminution du loyer » (A. Gide).
Se porter fort pour qqn, répondre de son consentement, se porter garant, caution pour lui.
Loc. verb. (XIVe) SE FAIRE FORT DE (fort inv. ) :se déclarer assez fort pour faire telle chose, obtenir tel résultat. ⇒ se piquer, se targuer, se vanter. « Elle se faisait fort d'amener Octavie à des confidences » (F. Mauriac). « Tant de gens se font fort de vous ouvrir toutes les portes » (Romains).
3Qui a la force (II, 1o), ou n'hésite pas à employer la contrainte ( force, III ), surtout en politique. État, gouvernement fort. Régime fort. L'homme fort d'un régime, d'un État : celui qui dispose de la puissance réelle (militaire, policière) et n'hésite pas à employer la force.
4Qui dispose d'une force militaire, économique, etc. Une armée forte, efficace au combat (par l'armement, le nombre). « un peuple, pour être fort, doit être nombreux » (Benda). Jeu Se dit d'une carte, etc., qui permet de battre l'adversaire. À la belote, le valet d'atout est plus fort que la dame. Une couleur forte.
5 Qui agit efficacement, produit des effets importants (qualités morales ou intellectuelles). Sentiment, croyance plus forts que la raison. « L'amour est fort comme la mort », vers du Cantique des cantiques. C'est plus fort que moi, se dit d'une habitude, une passion, un désir, un préjugé auquel on ne peut résister. ⇒ invincible, irrésistible. C'est plus fort que moi, je ne peux pas le supporter.
6Monnaie, devise forte, qui a un cours élevé sur le marché des changes et varie peu.
IV N. m.
1(XIVe) Le côté fort, l'aspect sous lequel une personne, une chose révèle le plus de puissance, de valeur, d'efficacité. Le fort et le faible d'une chose, d'une personne. « Après avoir examiné le fort et le faible des sciences » (Voltaire). (Après un poss.) Ce en quoi qqn est fort, excelle. C'est son fort. Fam. et iron. La générosité n'est pas son fort ( 2. fait) . « La bêtise n'est pas mon fort » (Valéry).
2(1611) Partie forte, résistante d'une chose. Archit. Le fort d'une voûte, d'une poutre. Mar. La plus grande largeur d'un navire. Largeur au fort.
3(XIVe; d'un anc. sens de l'adj.) Loc. prép. AU FORT DE. Au fort, au plus fort de l'été, de l'hiver. cœur, milieu. Au fort, au plus fort de la crise, de la lutte. Il devait « s'interrompre au fort d'une méditation bien menée » (Duhamel).
⊗ CONTR. Faible; débile, fragile, malingre. Anodin, inefficace, doux. 1. Mou, peureux, timide. Ignorant, nul. ⊗ HOM. For, fors. fort 2. fort [ fɔr ] adv.
XVe; de 1. fort
1 Adv. de manière
Avec de la force physique, en fournissant un gros effort. Appuyer fort, pousser fort. Cogner, frapper fort. dur, vigoureusement, violemment. Serrer très fort. Lancez la balle plus fort ! Toussez fort. Respirez fort ! à fond. De plus en plus fort : en augmentant.
Avec une grande intensité. Cœur qui bat fort. Le vent souffle fort. Il pleut fort. Couler fort. Chauffage qui marche trop fort. Parler, crier fort. Mettre la radio très fort, à plein volume (cf. fam. À tout(e) berzingue, à fond la caisse, à pleins tubes). Jouer fort ( forte, fortissimo) . Sentir fort : dégager une odeur violente. — Loc. fam. Aller fort. Y aller fort, un peu fort. Tu y vas un peu fort ! exagérer (cf. Dépasser les bornes). Ça ne va pas fort : ça ne va pas bien, ça ne marche pas. Ses affaires ne vont pas bien fort. Faire fort : employer les grands moyens, se faire remarquer. « Et pour ce qui était d'être paumée elle faisait fort » (Y. Queffélec). Ils ont fait très fort.
2(XVe) Adv. de quantité (avec un v.; rare dans la langue parlée) beaucoup, excessivement, extrêmement. Cet homme me déplaît fort. souverainement. Vous m'obligeriez fort. 1. bien. J'en doute fort. fortement. Cour. Il aura fort à faire [ fɔrtafɛr ] pour nous convaincre.
(Devant un adj. ou une expr. ayant valeur d'adj., devant un autre adv.) Vieilli, région. ou littér. (sauf dans quelques tours) 1. bien, très . (REM. On fait la liaison.) Homme fort riche, fort occupé. J'en suis fort aise. Il m'a fort mal reçu. Voilà un fait fort étrange. Je le sais fort bien. Fort bien ! exprime l'accord, l'assentiment.
⊗ CONTR. Faiblement. Peu. fort 3. fort [ fɔr ] n. m.
XIIIe; de 1. fort
I
1Personne qui a une grande force musculaire, une bonne santé (rare en emploi général).
(XVIIe) Fort des Halles : employé des Halles de Paris qui manipulait et livrait les marchandises; par ext. homme très fort.
2Personne qui a la force, la puissance (matérielle). puissant. C'est la lutte du faible contre le fort (cf. Le pot de terre contre le pot de fer). Protéger le faible contre le fort.
3Personne qui a une force morale, de l'énergie, de la fermeté, du courage. « Les charmes de l'horreur n'enivrent que les forts ! » (Baudelaire).
IIOuvrage destiné à protéger un lieu stratégique, une ville. citadelle, forteresse, fortification, fortin. Abris blindés, casemates, coupoles cuirassées d'un fort. En 1916, les forts de Vaux et de Douaumont ont brisé l'offensive allemande.

fort adverbe Avec force, vigueur, d'une manière forte : Taper fort. Extrêmement, beaucoup, très : C'est un sujet fort intéressant. J'ai fort à faire aujourd'hui.fort nom masculin Personne qui a la puissance, les ressources nécessaires : Protéger le faible contre le fort. Personne qui a de l'énergie morale : Il a l'intransigeance des forts.fort nom masculin (de fort) Ouvrage de fortification autonome et fermé, destiné à défendre isolément un point important. ● fort (expressions) adverbe Fort bien, indique l'accord avec ce qui vient d'être dit. Sentir fort, dégager une odeur forte et désagréable. ● fort (homonymes) adverbe for nom masculin fore forme conjuguée du verbe forer forent forme conjuguée du verbe forer fores forme conjuguée du verbe forer fors préposition fort adjectiffort (synonymes) adverbe Avec force , vigueur, d'une manière forte
Synonymes :
- dur
Contraires :
- délicatement
- modérément
fort (citations) nom masculin Charles Baudelaire Paris 1821-Paris 1867 Les charmes de l'horreur n'enivrent que les forts. Les Fleurs du Mal, Danse macabre Charles de Gaulle Lille 1890-Colombey-les-Deux-Églises 1970 Rien ne rehausse l'autorité mieux que le silence, splendeur des forts et refuge des faibles […]. Le Fil de l'épée Plon Jean d'Auton Authon, Charente-Maritime, 1466 ?-1528 Et au surplus, pour garder ma franchise, Toujours me tiens avecque les plus forts. Chroniques liberté René de Obaldia Hong-kong 1918 L'arrogance du fort s'éteint comme une braise Quand il n'est plus certain de filer à l'anglaise. Innocentines, Petite Ritournelle impériale Grasset Bible C'est un devoir pour nous, les forts, de porter les faiblesses de ceux qui n'ont pas cette force et de ne point rechercher ce qui nous plaît. Saint Paul, Épître aux Romains, XV, 1 ● fort (expressions) nom masculin Le fort de quelqu'un, ce en quoi il excelle, ce qu'il aime particulièrement, son point fort (surtout négatif) : La pâtisserie, ce n'est pas mon fort. Littéraire. Au fort de quelque chose, au plus haut degré, au cœur : Au fort de la chaleur. Fort des Halles, autrefois portefaix des Halles de Paris. Fort d'un navire ou largeur au fort, la partie la plus large d'un navire. ● fort (homonymes) nom masculin for nom masculin fore forme conjuguée du verbe forer forent forme conjuguée du verbe forer fores forme conjuguée du verbe forer fors préposition fort adjectiffort (synonymes) nom masculin Personne qui a la puissance, les ressources nécessaires
Synonymes :
Contraires :
Littéraire. Au fort de quelque chose
Contraires :
- début
fort (expressions) nom masculin (de fort) Fort d'arrêt, fort défendant un passage obligé. Fort détaché, fort construit à une distance de la place au moins égale à une portée d'artillerie, pour en interdire le bombardement (XIXe s.). ● fort (homonymes) nom masculin (de fort) for nom masculin fore forme conjuguée du verbe forer forent forme conjuguée du verbe forer fores forme conjuguée du verbe forer fors préposition fort adjectiffort (synonymes) nom masculin (de fort) Ouvrage de fortification autonome et fermé, destiné à défendre isolément...
Synonymes :
fort, forte adjectif (latin fortis, courageux) Qui a de la vigueur, de la force physique, qui est robuste, solide : Un homme fort. Qui est corpulent, épais, gros : Être fort des hanches. Avoir la taille forte. Qui a de la force morale, de la force de caractère : Rester fort dans l'adversité. Une âme forte. Dont la puissance, les moyens d'action, le pouvoir sont très développés ; qui s'impose aux autres : Un parti politique fort. Qui manifeste l'autorité, la puissance, l'ascendant sur autrui, la rigueur, la violence : Employer la manière forte avec un enfant. Se dit d'un État qui recourt à la contrainte et à des mesures autoritaires : Régime fort. Qui est résistant, solide : Du carton fort. Qui est bien établi, sûr, qui résiste au temps, aux attaques, etc. : Son amour est si fort qu'il lui pardonne tout. Qui a beaucoup d'intensité, de puissance, de force : Parler d'une voix forte. Qui est grand, qui a une importance marquée : Une forte somme d'argent. Se dit d'une substance, d'une préparation dont la teneur en son principe actif est très importante : De la moutarde forte. Qui est désagréable au goût ou à l'odorat, âcre : Du beurre fort. Se dit d'un produit, d'un médicament qui agit avec énergie ; se dit d'un instrument, d'un appareil très actif, très correctif, puissant : De la colle forte. Ces lunettes sont trop fortes pour moi. Qui a des connaissances étendues, une grande habileté, une grande aptitude dans un domaine et, en particulier, qui surpasse les autres : Être fort en mathématiques, aux échecs. Se dit d'une action qui nécessite une grande aptitude, une grande habileté. Se dit d'une action qui manifeste l'habileté, le savoir-faire, la compétence et qui s'impose avec force à l'esprit : Son dernier roman est très fort. Qui tire son assurance, sa supériorité de telle ou telle chose : Fort de son expérience, il a tout arrangé en un clin d'œil. Agriculture Se dit d'une terre compacte, argileuse, difficile à labourer. Chimie Se dit d'un électrolyte presque entièrement dissocié. Jeux Se dit d'une carte qui l'emporte sur les autres, permettant de faire la levée. Se dit de la couleur où le joueur a les plus fortes cartes. Monnaies Se dit d'une monnaie qui, dans les relations internationales, est librement négociable et immédiatement convertible contre les monnaies les plus appréciées. Phonétique Se dit d'une consonne réalisée avec une tension musculaire plus importante que celle qui est requise pour l'émission de la partenaire faible ou douce. ● fort, forte (citations) adjectif (latin fortis, courageux) Honoré de Balzac Tours 1799-Paris 1850 Oublier est le grand secret des existences fortes et créatrices. César Birotteau Honoré de Balzac Tours 1799-Paris 1850 Les âmes fortes ne sont ni jalouses ni craintives : la jalousie est un doute, la crainte est une petitesse. Le Contrat de mariage Charles Baudelaire Paris 1821-Paris 1867 Beauté forte à genoux devant la beauté frêle ! Les Fleurs du Mal, Femmes damnées François René, vicomte de Chateaubriand Saint-Malo 1768-Paris 1848 La menace du plus fort me fait toujours passer du côté du plus faible. Mémoires d'outre-tombe Émile Gaboriau Saujon 1832-Paris 1873 Le hasard, voyez-vous, ne sert que les hommes forts et c'est ce qui indigne les sots. L'Affaire Lerouge Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 La raison du plus fort est toujours la meilleure. Fables, le Loup et l'Agneau Henrik Ibsen Skien 1828-Christiania 1906 L'homme le plus fort du monde est celui qui est le plus seul. Un ennemi du peuple fort, forte (difficultés) adjectif (latin fortis, courageux) Orthographe Se faire fort de = se déclarer capable de. Dans cette expression, fort est invariable : elles se sont fait fort de nous aider (fait est aussi invariable). ● fort, forte (expressions) adjectif (latin fortis, courageux) Fort de, indique la force d'un groupe par la mesure de son effectif, de son matériel : Une armée forte de cent mille hommes. Au sens fort du mot, du terme, dans sa pleine signification. C'est plus fort que moi, je ne peux m'empêcher de faire ce que je fais. Familier. C'est fort, c'est un peu fort (de café), c'est trop fort, c'est plus fort que de jouer au bouchon, c'est difficile à accepter, c'est incroyable, invraisemblable. Et le plus fort, marque dans un récit une gradation vers quelque chose de plus inattendu, de plus mauvais. Fort comme un bœuf, comme un Turc, doué d'une grande force physique. Forte femme, femme énergique et courageuse. Forte tête, personne indocile, rebelle à toute discipline. L'homme fort (d'un régime, d'un parti), celui qui y dispose de la puissance, de l'autorité réelles etc. Prix fort, prix maximal, sans réduction ; prix excessif. Se faire fort de, se déclarer, se croire capable de le faire. Temps fort, moment le plus important, point culminant de quelque chose ; en musique, temps marqué par la métrique. Formation forte, dans les langues flexionnelles, formation (cas, déclinaison) qui présente le degré plein du thème. Verbe fort, en grammaire allemande, verbe irrégulier. Mer forte, état de la mer quand les lames sont creuses et fatiguent le bâtiment. En position forte, se dit d'une unité phonique quand sa place dans la chaîne parlée la met à l'abri d'altérations. Interaction forte, type d'interaction entre particules fondamentales caractéristique des forces nucléaires et, plus généralement, des hadrons. ● fort, forte (homonymes) adjectif (latin fortis, courageux) for nom masculin fore forme conjuguée du verbe forer forent forme conjuguée du verbe forer fores forme conjuguée du verbe forer fors préposition fort adv fort nom masculinfort, forte (synonymes) adjectif (latin fortis, courageux) Qui a de la vigueur, de la force physique, qui...
Synonymes :
- athlétique
- costaud (familier)
- musclé
- résistant
Contraires :
- chétif
- débile
- déficient
- délicat
Qui est corpulent, épais, gros
Synonymes :
- épais
Contraires :
- frêle
Qui a de la force morale, de la force de...
Synonymes :
- inébranlable
- résolu
- trempé
Contraires :
- influençable
Dont la puissance, les moyens d'action, le pouvoir sont très...
Synonymes :
Contraires :
Se dit d'un État qui recourt à la contrainte et...
Synonymes :
Contraires :
- velléitaire
- vulnérable
Qui est résistant, solide
Synonymes :
- dur
- épais
- résistant
Contraires :
- fin
Qui est bien établi, sÛr, qui résiste au temps, aux...
Synonymes :
- irrésistible
- marqué
Qui a beaucoup d'intensité, de puissance, de force
Synonymes :
- impétueux
Contraires :
- atténué
- léger
Qui est grand, qui a une importance marquée
Synonymes :
- énorme
Contraires :
- fin
- modéré
Se dit d'une substance, d'une préparation dont la teneur en...
Synonymes :
- entêtant
- épicé
- étourdissant
- relevé
Contraires :
Se dit d'un produit, d'un médicament qui agit avec énergie ;...
Synonymes :
Contraires :
- inopérant
Qui a des connaissances étendues, une grande habileté, une grande...
Synonymes :
- bon
- calé (familier)
- doué
- ferré (familier)
- maître
- trapu (familier)
Contraires :
- médiocre
- nul
Se dit d'une action qui nécessite une grande aptitude, une...
Synonymes :
- étonnant
Contraires :
Se dit d'une action qui manifeste l'habileté, le savoir-faire, la...
Synonymes :
- éloquent
fort, forte nom Familier. Fort(e) en thème, élève studieux qui réussit bien dans les exercices scolaires (souvent péjoratif). ● fort, forte (expressions) nom Familier. Fort(e) en thème, élève studieux qui réussit bien dans les exercices scolaires (souvent péjoratif).

Fort, forte
adj.
rI./r (Personnes)
d1./d Qui a de la force physique. Homme grand et fort.
Loc. Fort comme un Turc: très fort.
d2./d Par euph. Qui a de l'embonpoint. Une dame un peu forte.
d3./d Qui a des capacités intellectuelles, des connaissances. être fort en maths.
Subst. Un(e) fort(e) en thème.
d4./d Qui a de la résistance morale. être fort devant l'adversité. Syn. ferme.
d5./d (En loc.) Se faire fort de: s'estimer capable de.
Forte tête: personne qui résiste obstinément à toute influence.
Esprit fort: personne qui refuse toute croyance religieuse.
rII./r (Choses)
d1./d Solide, résistant. Carton fort. Colle forte.
d2./d Capable de résister aux attaques. Ville forte. Château fort.
d3./d Plus important que la moyenne en intensité, en quantité. Un fort vent. Une forte somme. Payer le prix fort, maximal.
|| (Abstrait) Une forte envie. à plus forte raison: avec d'autant plus de raisons.
|| Temps fort: en musique, temps d'une mesure sur lequel porte l'accent; fig. moment d'une grande intensité (au cours d'une action, d'un spectacle).
d4./d Qui est difficile, en parlant d'une action.
Fam. Exagéré, difficile à admettre. ça, c'est un peu fort! C'est fort de café!
d5./d Qui impressionne vivement le goût, l'odorat. Moutarde forte. Café fort.
d6./d Qui agit efficacement. Un remède fort.
|| CHIM Acide fort, base forte, capable de se dissocier complètement en solution.
|| PHYS NUCL Liaison forte: liaison due aux forces nucléaires, caractéristique des mésons et des baryons.
Interaction forte: interaction attractive qui s'exerce notam. entre les particules constituant le noyau de l'atome.
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Fort
n. m.
rI./r
d1./d Celui qui a la force, la puissance. Le fort et le faible.
Prov. La raison du plus fort est toujours la meilleure (La Fontaine): le plus fort impose toujours sa façon de voir.
d2./d (Après un possessif.) Domaine où qqn excelle. Le français n'est pas son fort.
d3./d (Québec) Fam. Boisson très alcoolisée. Aimer le fort.
rII./r Ouvrage militaire puissamment armé et défendu.
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Fort
(Paul) (1872 - 1960) poète français, "Prince des poètes" de 1912 à sa mort.

I.
⇒FORT1, FORTE, adj.
[En emploi prédicatif plein, l'idée générale de puissance domine (cf. infra I, II, III)]
I.— [Exprimant un pouvoir physique]
A.— [Appliqué à un animé ou à une partie du corps]
1. Qui est doué d'une grande force, d'une grande vigueur musculaire; qui est capable de fournir de grands efforts. Un homme fort, très fort; un cheval fort; des muscles forts; avoir le bras fort. Un oiseau qui a l'aile forte (Ac. 1798-1878). C'était un très grand et très fort garçon, vigoureux et hardi nageur (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Peur, 1884, p. 960). Comme tu as des mains fortes, Aldo. Si puissantes, si fortes (GRACQ, Syrtes, 1951, p. 184) :
1. ... Guignon l'atteignit, et bien qu'il fût malingre et chétif et que le jeune vaurien fût fort et bien découplé, il l'enlaça de ses bras et de ses jambes en même temps, et le fit tomber.
PONSON DU TERR., Rocambole, t. 1, 1859, p. 560.
[Suivi d'un compl. introd. par de] Être fort des bras, des jambes, des reins.
Expr. et loc.
Fort comme un bœuf, comme un Turc. D'une force exceptionnelle :
2. Cet enfant de l'Auvergne était âgé de vingt-trois ou vingt-quatre ans, et bâti comme un hercule : grand, gros, trapu, ossu, corsu, haut en couleur; fort comme un bœuf de labour, doux et facile à mener comme un petit agneau blanc.
ABOUT, Nez notaire, 1862, p. 106.
Le sexe fort. Les hommes. Il s'était entêté aux besognes pauvres qu'on assigne à l'énergie et au sexe fort dans les îles désertes (GIRAUDOUX, Suzanne, 1921, p. 110).
Donner, prêter main(-) forte à qqn. Lui porter assistance, le secourir. Les sergents de la maréchaussée, et même des détachements des régiments de Rouergue, de Schénau, de la Fare, selon les temps, prêtaient main forte aux capucins (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 18).
La manière forte. La contrainte physique, la violence. Recourir à la manière forte. La résignation de Louis XVI aux événements a paru inexplicable. Son invincible aversion pour la manière forte n'est même pas l'unique raison de sa passivité (BAINVILLE, Hist. Fr., t. 2, 1924, p. 42).
2. P. anal.
a) [L'idée de résistance étant liée à celle de force] Qui est capable de supporter l'effort, la souffrance, la fatigue. Synon. robuste, solide. Une forte constitution; une race forte. Mon mari est un homme robuste... de forte santé (MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p. 42). Il n'était pas fort. Il a eu des abcès sous le bras. Il n'a pas résisté (CAMUS, Peste, 1947, p. 1234).
b) [L'idée de volume étant liée à celle de force] Qui a des proportions, une taille, un volume important. Synon. massif, puissant, épais. Forte charpente; forte encolure; fortes épaules; bec, cou, nez fort; mâchoire forte; forte barbe, forte moustache. Un beau mâle [le jars] doit avoir la tête forte, le bec puissant, les yeux larges et ardents et le cou long (PESQUIDOUX, Chez nous, 1921, p. 43). Le violon, un homme fort, assez mal rasé, brun, un Marseillais probable, scandait le refrain sur son instrument (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 106) :
3. Elle était jeune, malgré ses formes pleines, sa forte carrure, une stature de robuste paysanne avec laquelle contrastait un visage aux traits agréables, bien que déjà quelque peu empâtés.
DANIEL-ROPS, Mort, 1934, p. 440.
P. euphém. Qui est gros, corpulent, opulent. Forte fille, forte personne; dame forte; femme un peu forte; une taille forte; forte bedaine; (personne) forte de poitrine, des hanches. Il n'est pas de grande taille. Il est même un peu fort comme beaucoup de sédentaires (DUHAMEL, Désert Bièvres, 1937, p. 75). Elle est grasse, elle a une forte poitrine (SARTRE, Nausée, 1938, p. 173).
♦ Qui manque de finesse, de délicatesse. Synon. grossier, épais. Les traits gros et forts, osseux, cabossés et comme ébauchés dans de la glaise (GONCOURT, Journal, 1864, p. 91).
B.— [Appliqué à une chose]
1. Capable d'exercer une action puissante, doué d'une grande efficacité. Explosif fort; remède fort; fort stimulant; forte loupe, fortes lunettes; forte vis; colle forte. La saignée est contraire et nuisible dans cette maladie [le scorbut], ainsi que les vomitifs et les purgatifs forts et actifs (GEOFFROY, Méd. pratique, 1800, p. 459). Le tender est muni latéralement de tampons montés sur de forts ressorts hélicoïdaux (BAILLEUL, Matér. roulant ch. de fer, 1951, p. 56).
En partic.
♦ [Appliqué à un sens ou à un organe des sens] Qui a une grande acuité. Œil fort, vision forte. Il est certain que les animaux qui ont l'odorat le plus fort ont aussi ces sinus les plus grands (CUVIER, Anat. comp., t. 2, 1805, p. 633).
CHIM. (Acide) fort, (base) forte, (électrolyte) fort. Qui a un coefficient d'activité élevé, est pratiquement totalement dissocié en ions dans une solution aqueuse. Les uns [les silicates] sont décomposés par les acides forts tel que l'acide chlorhydrique concentré (MEYER, Art émail Limoges, 1895, p. 83). Les acides forts doivent leurs propriétés à ce que leur solution renferme beaucoup d'ions à l'état libre, tandis qu'à la même concentration molaire les acides faibles n'en renferment qu'un petit nombre (L. ROUGEOT, Acides et bases, Paris, P.U.F., 1970, p. 19). Eau-forte.
2. Qui présente une grande résistance, possède une grande solidité. Fil, papier, ruban, tissu fort; forte corde, forte toile; fortes bottes; forte muraille, forte poutre; plant fort, végétation forte. Forte grille et forte porte qui ne garde plus rien (MICHELET, Journal, 1843, p. 529). Quel cuir! Fort comme une semelle, souple comme un gant (POURRAT, Gaspard, 1930, p. 160).
Locutions
Terres fortes. Terres argileuses et compactes, difficiles à labourer. Les marnes ont par leur désagrégation formé ce qu'on appelle des terres fortes, terres à blé qui depuis plus de deux mille ans ne cessent pas de porter des moissons (VIDAL DE LA BL., Tabl. géogr. Fr., 1908, p. 364).
Coffre-fort; chambre forte (cf. chambre I B 2).
En partic.
♦ Dans le domaine de l'arm. Qui est en état de résister aux attaques de l'ennemi. Ville forte; château fort (cf. château A). L'extérieur du château révélait une place forte bâtie pour soutenir de longs sièges (HUYSMANS, Là-bas, t. 1, 1891, p. 181). La 4e armée (...) attaquait et enlevait la forte position allemande établie sur les hauteurs sud d'Orfeuil, s'emparait de points d'appui solides comme ceux de Notre-Dame-des-Champs et du Blanc-Mont (FOCH, Mém., t. 2, 1929, p. 218).
P. métaph. :
4. Quelle image de concentration d'être que cette maison qui se « serre » contre son habitant, qui devient la cellule d'un corps avec ses murs proches. Le refuge s'est contracté. Et davantage protecteur, il est devenu extérieurement plus fort. De refuge, il est devenu redoute. La chaumière est devenue un château fort du courage pour le solitaire qui doit y apprendre à vaincre la peur.
BACHELARD, Poét. espace, 1957, p. 57.
MAR. Navire fort de côté. ,,Navire [qui] résiste fortement à l'effort du vent avant de s'incliner`` (GRUSS 1952). Navire fort en bois. Navire ,,qui a les côtés épais`` (LITTRÉ).
II.— [Exprimant un pouvoir d'action sur le monde humain]
A.— Doué d'une grande puissance, doté du pouvoir d'exercer son influence, d'agir efficacement. Le Dieu fort. L'expression d'« homme fort » est à la mode. Elle signifie une exploitation intelligente et peu scrupuleuse du fait bien compris (BOURGET, Essais psychol., 1883, p. 169). Homme d'action bien plus qu'homme d'église, sa forte personnalité manquait de mesure. Énergique plus qu'il n'eût été nécessaire (...) autoritaire et cassant (GROUSSET, Croisades, 1939, p. 53) :
5. ... le pouvoir transformateur de l'homme commença par mettre le monde en chantier et finit par mettre l'homme en question. Trop fort encore pour être esclave, et plus assez pour rester roi, l'individu ne renonce nullement à sa conquête, mais cesse de trouver en elle sa raison d'être...
MALRAUX, Voix sil., 1951, p. 501.
En partic.
1. Dans le domaine pol. et milit. Qui a la force matérielle, dispose des moyens propres à imposer son autorité. Gouvernement, pouvoir, régime fort; roi fort, monarchie forte, nation forte; armée, artillerie forte; une armée forte en artillerie. [Un] parti habile, fort et nombreux (COURIER, Pamphlets pol., Au réd. « Censeur », 1820, p. 44). Quand un peuple est fort civiquement, il est fort militairement. C'est la même force; ou c'est la même faiblesse (PÉGUY, Argent, 1913, p. 1277). Il [le général de Gaulle] réclamait un exécutif fort, un chef de l'État indépendant des partis et supérieur à eux (VEDEL, Dr. constit., 1949, p. 307) :
6. Ils ont inscrit au sommet des valeurs morales la possession des avantages concrets, de la force temporelle et des moyens qui les procurent (...). C'est ce qu'ils ont fait, d'abord, en ce qui concerne l'État. On a vu ceux qui, durant vingt siècles, avaient prêché au monde que l'État doit être juste se mettre à proclamer que l'État doit être fort et se moquer d'être juste (...). On les a vus, persuadés que les États ne sont forts qu'autant qu'ils sont autoritaires, faire l'apologie des régimes autocratiques, du gouvernement par l'arbitraire, par la raison d'État...
BENDA, Trahis. clercs, 1927, p. 127.
2. P. anal., JEUX. Carte forte. Carte qui l'emporte sur les autres et permet de faire la levée. Dans les cartes basses, le 10 est le plus fort et l'As le plus faible (Règle du jeu de tarot, Saint-Max-Nancy, 1962). Les jeux de combat sont ici [aux cartes] les jeux à levées où chaque joueur joue une carte à tour de rôle et où la plus forte emporte la levée (Jeux et sp., 1968, p. 387). Couleur forte. Celle où le joueur a les plus fortes cartes. Subst. Jouer dans la forte du mort (au bridge).
B.— Expr. et loc.
1. Avoir affaire à forte partie. Avoir affaire à un adversaire puissant et redoutable, avoir une situation difficile à affronter. Bien que Strouvilhou lui tînt tête, Passavant se sentait à l'aise avec lui, ou plus exactement : prenait ses aises. Certes, il avait affaire à forte partie, le savait, mais se croyait de force et se piquait de le prouver (GIDE, Faux-monn., 1925, p. 1195).
2. (Être) fort de. Qui trouve sa force, son assurance dans. Fort de son expérience, de son bon droit, de son innocence. Il revint vers le vieux, qui, fort de son mauvais droit, restait stoïque sous les injures (ZOLA, Terre, 1887, p. 180).
3. Se faire fort de
a) [Suivi d'un subst.] Tirer sa force de, s'autoriser, se prévaloir de quelque chose. « Elle ne passera pas la nuit », avait dit l'abbé Boutarel, se faisant fort de sa longue expérience (POURRAT, Gaspard, 1931, p. 285).
b) [Suivi d'un inf.] Se prétendre capable de (faire quelque chose). La Corilla, encore retenue au lit par les suites de son accouchement (...) se faisait fort de débuter dans huit jours si on avait besoin d'elle (SAND, Consuelo, t. 3, 1842-43, p. 136). Lorsque le jeune Augustin adhère à la secte de Mani, c'est précisément parce que les manichéens se font fort de tout expliquer sans jamais faire appel à la foi (GILSON, Espr. philos. médiév., 1931, p. 34).
4. Se porter fort pour qqn. Se porter garant pour quelqu'un. Schwab, après s'être fait expliquer l'effet du régime dotal, se porta fort pour son ami (BALZAC, Cous. Pons, 1848, p. 81).
Rem. Suivant l'usage, fort reste gén. inv. dans les loc. Se faire fort de, se porter fort pour (cf. supra citat. de Sand et de Gilson), mais cet usage, contesté par certains grammairiens, n'est pas toujours respecté. Les derniers venus qui prétendent m'aimer, se font forts de ne pas admirer Mallarmé (GIDE, Corresp. [avec Valéry], 1898, p. 334). Quand la Libre Parole se fit forte de prouver que le député Proust (...) et le sénateur Béral (...) avaient vendu leurs votes à Reinach (BARRÈS, Leurs fig., 1901, p. 128). D'apr. COLIN 1971, fort demeure en principe inv. dans la loc. se faire fort de lorsque celle-ci signifie « assurer qu'on a la capacité de ». ,,Mais l'accord se fait avec le sujet lorsque fort joue le rôle, non pas d'un adverbe, mais d'un adjectif, l'expression signifiant alors « tirer sa force de ». Ils se font forts de la faiblesse de leurs adversaires``. GREV. 1969, § 350 ne fait pas la distinction et considère qu',,on ne peut qu'approuver les auteurs qui dans les expressions se faire fort de, se porter fort pour, font varier l'adjectif fort``.
III.— [Exprimant un pouvoir d'ordre intellectuel ou moral]
A.— [Appliqué à une pers. ou à une faculté humaine]
1. Qui possède une grande puissance de conception, de création, ou une grande habileté. Un homme très fort; imagination, intelligence forte. (Fam.) Il n'est pas (très) fort. Il n'est pas (très) intelligent, (très) malin. C'est un bon garçon, pas très-fort (...) mais bon garçon (LABICHE, Célimare, 1863, II, 6, p. 64). Il trouvait malgré tout son ami très fort d'avoir « décroché » une invitation pour le jour même (RADIGUET, Bal, 1923, p. 75) :
7. Vous, mon cher Lebrun, vous n'êtes pas un serin, loin de là; vous êtes très fort, vous trouveriez quelque combinaison savante pour réussir, sans risquer ces fâcheuses extrémités.
VOGÜÉ, Morts, 1899, p. 227.
a) P. méton. [En parlant d'une activité] Qui témoigne d'une grande intelligence ou d'une grande habileté. [Le] jeu nuancé mais fort des Italiens (MAURRAS, Kiel et Tanger, 1914, p. XVII).
Loc. fam. C'est (très) fort; ce n'est pas (très) fort. Il finissait par admirer l'inventeur de cette mécanique à manger les femmes. C'était très fort (ZOLA, Bonh. dames, 1883, p. 461).
P. ext. Qui exige une grande puissance intellectuelle ou un grand effort; qui est difficile. Une forte compétition, tâche. Loc. fam. C'est trop fort pour moi! :
8. On aura la liberté religieuse quand on aura supprimé du Code pénal les attaques à la religion. Mais cela est peut-être trop fort pour les têtes françaises.
FLAUB., Corresp., 1879, p. 284.
b) Locutions
Esprit fort (cf. esprit, 2e section I C 4 e).
Forte tête
♦ Personne qui a de grandes capacités intellectuelles. C'est une des plus fortes têtes du conseil, de l'assemblée (Ac. 1835-1932). Une forte tête et un sévère jugement sont nécessaires aussi au peintre (ALAIN, Beaux-arts, 1920, p. 245).
♦ Personne indocile, qui refuse de se plier à la règle commune ou à l'autorité. Et quel respect pour le chef. Même chez les fortes têtes (BARRÈS, Cahiers, t. 11, 1914, p. 116).
2. Qui atteint un haut niveau, excelle (dans un domaine, un art, une science, un sport). Un élève fort, très fort. Le Poittevin, un camarade de collège, métaphysicien très fort, nature un peu sèche, mais d'une élévation d'idées extraordinaire (GONCOURT, Journal, 1860, p. 729) :
9. Je lui ai fait expliquer les deux premières pages de Quinte-Curce qu'il n'a pas encore vues. Il s'en est assez bien tiré. Il sait, mais il manque de force d'attention. S'il pouvait joindre cette qualité à l'intelligence naturelle et facile qu'il a, ce serait un fort écolier.
DELÉCLUZE, Journal, 1825, p. 174.
a) P. méton. [En parlant d'un trait caractéristique]
Qui marque un niveau élevé. De fortes connaissances, études. Il [le bibliothécaire] devra être muni d'une forte culture générale, mais avoir aussi un important bagage de connaissances spéciales (BECQUET, Organ. loisirs travaill., 1939, p. 42).
Partie forte, point fort de qqc., de qqn. Ce qui fait la valeur de quelque chose, la supériorité de quelqu'un. Les text-books de l'économie marchande habituent les esprits à voir les points forts et à ne pas voir les points faibles de la société marchande (PERROUX, Écon. XXe s., 1964, p. 588).
b) Fort à, en, sur + subst. Fort à la lutte; fort en géométrie, en grec, en philosophie; fort sur une question. Il [le gamin de Paris] sauterait à cloche-pied les marches du paradis. Il est fort à la savate (HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 699) :
10. ... Alors tu les potasses, comme ça, tes livres? Tu es fort sur l'histologie, des fois? Moi, de mon temps, on ne l'étudiait guère, et, dans la suite, quand je voulus me mettre au courant, je n'y arrivai qu'avec peine...
ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 202.
Rem. DUPRÉ 1972 précise : ,,Fort à indique la sorte d'activité dans laquelle une personne brille particulièrement. Ce tour se trouve en concurrence avec fort en. On notera que fort en implique un complément désignant une activité intellectuelle ou une connaissance : Fort en mathématiques (...), tandis que fort à implique un complément exprimant une activité physique : Fort à la course, à la lutte, ou un jeu : Fort aux échecs, aux cartes``. Au XIXe s. fort sur paraît encore en concurrence avec fort à et fort en. Un homme très fort sur les armes (STENDHAL, Rouge et Noir, 1830, p. 454). Cet élève est fort sur la philosophie, sur l'histoire (Ac. 1835, 1878). De nos jours il semble employé de préférence lorsque le compl. désigne un point ou un domaine de connaissances particulier (v. supra ex. 10).
Loc. fam.
Fort(-)en(-)thème(s), subst. Élève qui obtient de brillants résultats. Paul (...) était un fort en thème, toujours premier, donné en continuel exemple par le professeur (ZOLA, Bonh. dames, 1883, p. 448).
Péj. Élève, personne travailleuse et consciencieuse mais d'un esprit borné ou sans originalité profonde. Taine s'applique. C'est vraiment un fort en thème latin, mais la postérité n'aime pas beaucoup ça (RENARD, Journal, 1908, p. 1198).
Fort en gueule. Qui est prompt à la réplique et à la discussion, souvent sur le mode grossier et violent. Il devenait incongru, mauvais coucheur, mal embouché, fort en gueule (FRANCE, Crainquebille, 1904, p. 46). Il y a ce soir une grande réunion pour l'Espagne républicaine (...). Et c'est destiné aux intellectuels; on entendra les écrivains les plus forts en gueule (MAGNANE, Bête à concours, 1941, p. 426).
c) Fort pour + inf. ou subst. d'action. Habile à. Il est fort pour parler. Que je suis devenu fort pour détourner la conversation, pour empêcher la question d'être posée! (MAURIAC, Nœud vip., 1932, p. 79). La famille est plus forte que les flics pour le chantage sentimental (VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p. 106).
3. Qui est capable d'agir ou de réagir avec énergie (devant une épreuve, une situation difficile, etc.). Caractère fort; nature, volonté forte; être fort contre, dans, devant qqc. Rentrée chez elle, elle employait ses loisirs, non pas aux délassements délicats de la richesse, mais comme la femme forte de l'Écriture à des travaux pénibles et utiles (MONTALEMBERT, Ste Élisabeth, 1836, p. 56). Il faut, pour résoudre le problème, une âme large, forte et sereine, qui garde l'équilibre intérieur et désire satisfaire la raison et la justice (AMIEL, Journal, 1866, p. 244) :
11. ... le but final recherché par la méthode naturelle sera la formation d'hommes et de femmes « forts » : forts moralement, grâce à leurs qualités morales de courage, d'énergie, de ténacité et de sang-froid...
R. VUILLEMIN, Éduc. phys., 1941, p. 25.
B.— [Appliqué à une chose]
1. [En parlant d'une opération intellectuelle] Doué du pouvoir de convaincre, d'entraîner l'adhésion de l'esprit de façon contraignante. De fortes raisons; une forte objection, preuve. Le premier objectif, pour Comte, était donc de créer cette « hiérarchie des sciences » (...) parce que, parmi les études spéculatives, elles sont les plus importantes; parce que, à part la philosophie, elles fournissent les plus forts arguments (MARIN, Ét. techn., 1954, p. 42) :
12. Il n'y a de puissance que dans la conviction. Un raisonnement n'est fort, un poëme n'est divin, une peinture n'est belle que parce que l'esprit ou l'œil qui en juge, est convaincu d'une certaine vérité cachée dans ce raisonnement, ce poëme, ce tableau.
CHATEAUBR., Génie, t. 1, 1803, p. 85.
Loc. À plus forte raison. Pour une raison d'autant plus convaincante; d'autant plus. Dans l'immense majorité des cas, nous nous prononçons sur l'intensité de l'effet sans même connaître la nature de la cause, à plus forte raison sa grandeur (BERGSON, Essai donn. imm., 1889, p. 17). Cf. a fortiori.
2. [En parlant d'un phénomène affectant la sensibilité ou le comportement] Qui agit puissamment sur l'individu, le contraint dans sa manière d'agir ou de sentir. Une forte envie, tendance; de forts instincts; des principes forts; une forte discipline; de fortes leçons. Une foi qui avait été confirmée par la forte éducation du travail et de la pauvreté (LACORDAIRE, Éloge fun. Drouot, 1847, p. 44). Cette idée d'en finir se présenta de nouveau, comme une tentation plus forte et plus irrésistible que jamais (FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 194) :
13. Je ne suis que la proie de quelques sentiments bas qui se disputent la possession de mon âme et de tous ces sentiments, c'est la peur et la paresse qui sont les plus forts. Au delà du bien et du mal? Au-dessous je suis, moi.
LARBAUD, Barnabooth, 1913, p. 191.
Locutions
L'amour est fort comme la mort [P. allus. à la Bible, Cantique des cantiques, ch. 8, 6-7] :
14. L'amour, ma chère petite, est fait de finesses, d'imperceptibles sensations. Nous savons qu'il est fort comme la mort; mais il est aussi fragile que le verre.
MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Baiser, 1882, p. 607.
C'est plus fort que moi. Je ne peux résister à (une habitude, un désir, un instinct, etc.). J'ai toujours envie de rire quand on dit la prière! J'ai beau me retenir (...) c'est plus fort que moi (VALLÈS, J. Vingtras, Enf., 1879, p. 5).
P. ext. Qui tient bon, ne se laisse pas ébranler ou détruire. Synon. ferme, tenace, solide. Croyance forte; une forte résolution; de forts préjugés. Nous ne prétendons pas sans doute que toute conviction forte soit nécessairement intolérante (DURKHEIM, Divis. trav., 1893, p. 65). Une autre âme, à laquelle il se sentait lié par les plus forts liens passionnés (MALÈGUE, Augustin, t. 2, 1933, p. 147).
3. [En parlant d'une production intellectuelle ou artistique] Qui frappe le cœur et l'esprit et a un grand pouvoir d'évocation ou de suggestion. Mot, style fort; expression, œuvre forte. Chaque chapitre se montre plein et fort. Leur ensemble, composant une cinquantaine de pages, présente un tout vraiment frappé et fini (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 55). Tout d'un coup, il a jailli de ma section le chant le plus fort et le plus beau de tous les chants patois (ALAIN-FOURNIER, Corresp. [avec Rivière], 1911, p. 306) :
15. ... j'avais pensé à ce que malgré tout il y avait de fort dans un prénom qui, aux yeux de tout le monde et d'Odette elle-même, n'avait que dans la bouche de Swann ce sens absolument possessif.
PROUST, Prisonn., 1922, p. 100.
Loc. Sens fort. Sens qui garde pleinement son contenu originel, sa valeur expressive. Il [Anouilh] est au sens plein, au sens fort un auteur dramatique (G. MARCEL, Heure théâtr., 1959, p. 119).
4. Qui surprend ou choque par son caractère insolite ou excessif. Synon. exagéré, outré, inadmissible, incroyable. Un paradoxe fort; une épithète, une plaisanterie un peu forte. L'histoire parut si forte qu'ils refusèrent tous d'y croire (THARAUD, Mille et un jours Islam, I, 1935, p. 29) :
16. ... tout cela (...) lui donnait l'air d'une séraphine qui se serait fait quakeresse et se souviendrait du ciel. Quakeresse est un peu fort : cela serait vrai si les quakers avaient pour tremblement le frisson des étoiles.
MALLARMÉ, Corresp., 1862, p. 59.
Loc. fam. C'est fort, un peu fort, trop fort; le plus fort est que; c'est un peu fort de café; c'est plus fort que de jouer au bouchon. C'était un peu fort de sel, mais il n'y mit aucune malice. Très vite il perçut que ce n'était pas dans les choses admises (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 475).
Emploi subst. En dire, en faire de fortes. Dire, faire des choses qui heurtent le bon sens ou le bon goût. Les économistes? les économistes! Des fous qui se défient à qui en dira de plus fortes! (G. LEROUX, Roul. tsar, 1912, p. 74).
5. LING. Formes fortes
a) [Dans les lang. flexionnelles] Formes ,,qui présentent la forme pleine du thème`` (MAR. Lex. 1933). Cas forts; personnes fortes.
b) [Dans un paradigme] Formes ,,qui résistent à l'action assimilatrice d'une forme analogique, et qui finissent ainsi par apparaître irrégulières vis-à-vis des formes unifiées`` (MAR. Lex. 1933). Aoriste fort; prétérit fort; verbes forts.
IV.— [Sans valeur prédicative particulière, marque le haut degré d'intensité de l'élément caractérisé]
A.— Qui se manifeste ou se fait sentir avec violence, atteint un degré d'intensité élevé.
1. [En parlant d'un phènomène physique] Choc, coup très fort; forte secousse; vent fort; marée, mer forte; forte houle; soleil fort; chaleur forte; de fortes gelées, de fortes tempêtes. Pleine mer, tangage très fort; après quoi immense roulis, vent violent (FROMENTIN, Voy. Égypte, 1869, p. 155). Le vent remue les outres gonflées qu'on installe ainsi pour les faire sécher; par forte brise, elles s'entrechoquent avec un bruit sourd de timbales mouillées (T'SERSTEVENS, Itinér. esp., 1963, p. 232).
2. [En parlant d'un phénomène physiol. ou psychol.] Souffle fort, respiration forte; fort mal de tête; forte fièvre, forte migraine; forte émotion, forte impression; sensation forte; sentiments forts; passions fortes; amitié, espérance, haine forte. Les battements rapides du cœur sont forts, durs, et produisent un bruit analogue à un coup de marteau (LAENNEC, Auscult., t. 2, 1819, p. 209). Cependant que notre jouissance ou notre joie est forte, forte comme un fait (VALÉRY, Variété V, 1944, p. 311) :
17. Il avait senti jadis l'amertume de l'amour, comme Jules sentait alors celle de l'amitié, douleur plus forte, plus mordante, qui l'empêchait de souffrir d'une autre qui arrivait plus faible, résultat d'une passion moins violente.
FLAUB., 1re Éduc. sent., 1845, p. 273.
3. En partic.
a) [En parlant d'un phénomène affectant les organes des sens] Lumière, couleur, teinte forte; bruit fort, sons forts; fort accent, voix forte; parfum fort; forte senteur; goût fort. Les feuilles [du petroselinum] ont, comme toute la plante, une odeur et une saveur fortes, agréables et aromatiques (KAPELER, CAVENTOU, Manuel pharm. et drog., t. 2, 1821, p. 535). Les toits rouges des maisons, en bas, riaient au soleil éclatant et froid. L'air était fort et dur (ROLLAND, J.-Chr., Adolesc., 1905, p. 371) :
18. Ce qui me touche particulièrement, c'est que l'on obtient des damiers équivalents si l'on établit le schéma de la répartition des forces, des points d'attraction : fortes ombres, clairs intenses ou tons purs dans un chef-d'œuvre tendant à la stabilité...
LHOTE, Peint. d'abord, 1942, p. 72.
) P. méton. [Appliqué à une substance] Qui a une odeur ou une saveur prononcée. Condiment, fromage fort; moutarde forte; tabac fort. Vous me ferez aussi une salade un peu forte (LECLERCQ, Prov. dram., L'Humoriste, 1835, 9, p. 416). Les poissons à la forte sauce poivrée (FARAL, Vie temps st Louis, 1942, p. 168).
Qui a un degré de concentration élevé. Thé fort. Anton. faible, léger :
19. Ali apporta le café. — Comment le prendrez-vous? dit l'inconnu : à la française ou à la turque, fort ou léger, sucré ou non sucré, passé ou bouilli?
DUMAS père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 407.
Qui a un degré alcoolique élevé. Liqueurs fortes; apéritif fort en alcool. En 1500, on distinguait déjà entre bières fortes et bières légères (Industr. fr. brass., 1955, p. 17) :
20. C'était un vin doux et fort, qui coulait dans le gosier comme du miel, et qui, une fois bu, vous chauffait le ventre.
MOSELLY, Terres lorr., 1907, p. 184.
Emploi subst. Eau-de-vie. J'aimerais mieux un petit verre de fort (LABICHE, Vivac. cap. Tic, 1861, II, 3, p. 451).
) Péj. Qui est désagréable au goût ou à l'odorat. Goût fort; haleine, odeur forte; beurre fort. Une insupportable odeur de houille et de gaz (...) une senteur forte de chèvres qui auraient gigoté au soleil, se mêlaient aux émanations putrides de la charcuterie et du vin (HUYSMANS, Sœurs Vatard, 1879, p. 14).
b) Emplois techn.
) MUS. et VERSIF.
Temps fort. [Dans une mesure] Temps qui a la plus grande intensité, est plus accentué que les autres. Anton. temps faible. Il me souvient que naguère, alors que nous étions condisciples au Conservatoire, M. Debussy, quand il jouait du piano, marquait en soufflant avec violence les temps forts de chaque mesure. On le raillait un peu de cette habitude ou de cette manie. Il s'en est bien corrigé. De sa mesure aujourd'hui tous les temps sont faibles, si même elle se divise encore par le temps (C. Bellaigne ds PÉTER, Debussy, 1931, p. 213).
P. métaph. :
21. ... si l'on raconte au malade une histoire, on constate qu'au lieu de la saisir comme un ensemble mélodique avec ses temps forts, ses temps faibles, son rythme ou son cours caractéristique, il ne la retient que comme une série de faits qui doivent être notés un à un.
MERLEAU-PONTY, Phénoménol. perception, 1945, p. 154.
Syllabe forte. Syllabe qui porte un accent d'intensité. Anton. syllabe faible. [Dès la fin du XIe s.] Des syllabes accentuées libres deviennent parfois aussi fortes que les accentuées fixes, ou même davantage, et le compte des syllabes s'impose moins sûrement à l'oreille (GRAMMONT, Versif. fr., 1962, p. 148).
Pédale forte. Pédale (d'un piano, d'un célesta, etc.) qui, en libérant les cordes de la pression des étouffoirs, leur permet de résonner librement. Anton. pédale sourde. L'emploi de la petite pédale jointe à la pédale forte, donnera à la sonorité une couleur plus expressive (CORTOT, Ét. piano, Chopin, 1917, p. 22).
) PHONÉT. Consonnes fortes ou, subst. fém. plur., fortes. Consonnes ,,qui comportent une intensité notable de l'effort musculaire exigé par l'articulation`` (MAR. Lex. 1933). Synon. consonnes tendues; anton. consonnes douces, consonnes faibles. Les consonnes fortes s'opposent aux consonnes douces : p, t, k, f, s, sont fortes, toutes les autres consonnes sont douces en français (MOUNIN 1974).
B.— [Gén. antéposé] Qui est important en quantité ou en qualité.
1. [Appliqué à une chose concr.] Forte blessure; forte hémorragie; fortes chutes de neige. Un jeune capitaine aviateur, qui avait une forte cicatrice à la joue (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1938, p. 257). Il n'y a pas de solution de continuité entre les gouttelettes des nuages ou brouillards, des bruines, des pluies fines et des fortes averses (MAURAIN, Météor., 1950, p. 128).
Un fort repas, une forte nourriture. Qui est substantiel, plantureux. Le régime substantiel, cette forte alimentation est certainement une des causes de leur grandeur [des Anglais] (MICHELET, Journal, 1834, p. 753).
2. [Associé à un subst. exprimant une quantité ou un rapport quantitatif] On encourageait beaucoup les artistes, c'est-à-dire qu'on dépensait des sommes assez fortes à soutenir les médiocrités, impuissantes à vivre sans ce secours (VIOLLET-LE-DUC, Archit., 1872, p. 399) :
22. ... pour les deux grandes masses, les Indes et la Chine, les indications que nous possédons sont beaucoup trop vagues; on peut simplement supposer que ces pays ont connu l'accroissement naturel dû à l'écart entre une forte mortalité et une forte natalité, mais cet écart porte sur de telles masses humaines que le progrès est impressionnant.
LESOURD, GÉRARD, Hist. écon., 1968, p. 240.
SYNT. Forte dose, quantité, teneur; forte cuillerée, fort tonnage; forte dimension, épaisseur; fort métrage; forte distance, étape; fort salaire, forte dépense, prime, rançon; fortes pertes; fort détachement; forte escorte; forte portion, proportion; forte moyenne, majorité; fort pourcentage; forte élévation, hausse (de température, de prix); forte amplitude, différence, avance; fort grossissement; forte déclivité, inclinaison, pente; forte densité, condensation, pression, compression, concentration; fort voltage.
Fort de + nom de nombre + subst. Qui est constitué d'un nombre de n éléments. Notre division de gauche, forte d'environ deux mille cinq cents hommes, en avait alors de quinze à vingt mille sur les bras (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 215).
Locutions
Prix fort. ,,Prix marqué sur un catalogue pour la vente au public [par opposition au prix faible ou net, résultant d'une diminution consentie à certains clients]`` (Éd. 1913). Quant au prix de l'exemplaire (omis sur la couverture), que dirais-tu de 2 frs, prix fort, et 1 fr. 75, prix de libraire (VERLAINE, Corresp., t. 1, 1874, p. 134).
P. ext. Prix très élevé. J'ai payé le prix fort, le tarif de luxe, pour qu'elle ait toutes ses aises (MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p. 151).
Monnaie forte, devises fortes. Monnaie, devises qui, sur les marchés des changes, ont, en raison de l'importance de la demande par rapport à l'offre, un cours stable et élevé. Le président Eisenhower a proposé que cette nouvelle institution (...) au capital de 1 milliard de dollars soit créée en vue de consentir des prêts en devises fortes et faibles à très long terme (...) à faible taux d'intérêt (...) et remboursables parfois en devises fortes mais essentiellement en monnaies locales (L'Univers écon. et soc., 1960, p. 4013).
Vieilli. Denier fort ou fort denier. ,,Ce qu'il faut ajouter à la fraction qui excède une somme pour avoir la valeur de la plus petite monnaie au-dessus de la fraction (...) Le fort denier est pour le marchand`` (LITTRÉ, s.v. denier). Un capitaliste est à ses yeux [de Gobseck] un homme qui entre, par le fort denier qu'il réclame de son argent, comme associé par anticipation dans les entreprises et les spéculations lucratives (BALZAC, Gobseck, 1830, p. 420).
3. P. méton. [En parlant d'une pers.] Qui possède, consomme quelque chose en abondance, participe largement à quelque chose. Un fort buveur; un fort actionnaire; le plus fort créancier. L'officier, un jeune et distingué militaire, buveur d'eau et très petit mangeur et qui m'apparaît comme un fort fumeur d'opium (GONCOURT, Journal, 1892, p. 318). La Cochinchine est de beaucoup, dans l'Indochine Française, le pays le plus fort producteur et le plus fort exportateur [de riz] (BRUNHES, Géogr. hum., 1942, p. 144).
Vieilli. Fort marchand. Marchand qui fait de grosses affaires. Cette sauvage propriété appelée alors la Vallée-aux-Loups (...) avait jadis appartenu à un fort brasseur, très riche, de la rue Saint-Antoine (Mme DE CHATEAUBR., Mém. et lettres, 1847, p. 25).
4. P. anal. [Appliqué à une valeur abstr.] De fortes chances. Les EnAS [les émotifs, inactifs secondaires] à forte secondarité souffrent de tout déguisement, de l'ironie, du secret, de tous les jeux de l'esprit et du cœur (MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 528).
Prononc. et Orth. :[], fém. []. Enq. : /, -t/. Ds Ac. 1694-1932. Si le subst. fort2 ne se lie jamais, il y a flottement quant à la liaison de fort, adj. masc. sing. et de fort, adv. avec le mot suivant. La tendance de la majorité des dict. et des ouvrages est de ne pas lier l'adj. (ex. fort et grand []) mais de lier l'adv. p. anal. avec trop, tant, etc. (ex. fort aimable []) et la loc. fort et ferme [], cf. LITTRÉ, BARBEAU-RODHE 1930, NYROP. Phonét. 1951, § 165. BUBEN 1935, § 232 cite, cependant, qq. aut. qui recommandent la liaison dans le cas de l'adj. et d'autres qui observent que, dans le cas de l'adv., la liaison disparaît de plus en plus et qu'on entend souvent fort ému prononcé [], fort ennuyeux [] surtout en province. D'apr. LITTRÉ, on ne lie pas non plus le plur. bien qu'on entende parfois faire la liaison. Dans l'a. lang., fort ayant la même forme au masc. qu'au fém. (comme grand), il s'ensuit qu'il reste invar. en genre et en nombre dans les expr. : se faire fort, se porter fort (ex. elle se fait fort de, ils se sont portés fort pour nous). Homon. for, fors, formes de forer (voir ce mot). Étymol. et Hist. A. En parlant d'inanimés 1. a) fin Xe s. « pénible, ressenti avec acuité (d'une sensation, d'un sentiment) » fort marremens (Passion, éd. d'A. S. Avalle, 121); b) 1306 « qui est solidement fondé, qui emporte l'adhésion » (JOINVILLE, St Louis, éd. N. de Wailly, 1874, § 361 : sairemens... qu'il ne les pooient plus forz faire selonc lour loi); c) ca 1160 « difficile à envisager, à réaliser » (Enéas, éd. S. de Grave, 5641); d) av. 1662 « qui témoigne de la force, de l'habileté » discours fort (PASC., Moyens, éd. Faugère ds LITTRÉ); 2. ca 1100 « solide, robuste » un fort espiet (Roland, éd. J. Bédier, 1306); 3. 1160-74 cité... forte (WACE, Rou, éd. A. J. Holden, II, 3172) d'où subst. masc. ca mil. XIIIe s. « endroit fortifié » (Alexandre, Arsenal Version, 147 ds Elliott Monographs, t. 1); 4. ca 1100 « pénible; dur, difficile » bataille .. fort a suffrir (Roland, 3489); 1268 « difficile d'accès; épais, touffu » (Claris et Larris, 4153 ds T.-L.); 5. ca 1100 « qui produit une sensation pénible » forz freiz (Roland, 1118); ca 1220 en parlant d'un vin (La Queste del saint Graal, éd. A. Pauphilet, p. 109). B. En parlant d'êtres animés 1. a) ca 1100 « doué d'une grande force physique » (Roland, 1312); 1186-91 subst. (CHR. DE TROYES, Perceval, éd. F. Lecoy, 8179 : li foible abat le fort); en partic. 1690 « portefaix, crocheteur » (FUR.); b) ca 1265 « capable de supporter les épreuves; courageux » (BRUNET LATIN, Trésor, éd. F. J. Carmody, livre II, chap. 18, p. 190); 2. 1160-74 « puissant » (WACE, Rou, éd. A. J. Holden, III, 5570 : Fort fu d'omes); 1360 soi faire fort (Coutumes de Lille, 408 ds T.-L.); 3. 1659 « doué d'aptitudes intellectuelles, habile, capable » (MOLIÈRE, Précieuses ridicules, scène IX). Du lat. class. fortis « fort, robuste, courageux ». Bbg. COHEN 1946, p. 60. — GRUNDT (L.-O.) Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen, 1972, passim. — Lire le dict. Actual terminol. 1972, t. 5, n° 1, p. 2. — POHL (J.). Contribution à l'hist. de qq. mots. Fr. mod. 1963, t. 31, pp. 300-301. — TUAILLON (G.). R. Ling. rom. 1972, t. 36, pp. 129-134. — WEINRICH (H.). Über Regel und Ausnahme bei der Stellung des Adjektivs... Rom. Forsch. 1970, t. 82, pp. 241-252.
II.
⇒FORT2, subst. masc.
I.— [Désigne une pers.]
A.— Individu doué d'une grande force, d'une grande vigueur physique. Demain il descendra de nouveau dans la lice, le fort des forts, le metteur au pas, le plus grand athlète des temps passés, modernes et futurs (CLADEL, Ompdrailles, 1879, p. 159).
En partic. Fort de la Halle, des Halles, ou absol., fort. Employé des Halles de Paris chargé de la manutention des marchandises. Ammonius Saccas (...) était un portefaix. Imaginez donc un fort de la Halle créant chez nous un ordre de spéculation analogue à la philosophie de Schelling ou de Hegel (RENAN, Avenir sc., 1890, p. 322) :
1. Un lutteur, un fort de la Halle, un hercule qui s'enorgueillit des fardeaux soulevés, ne se doute pas des reins héroïques qu'il faut avoir pour se baisser cinq cents fois devant des enfants...
FRAPIÉ, Maternelle, 1904, p. 170.
B.— Domaine soc. Celui qui détient une grande puissance, qui est en position de dominer :
2. ... il [Nietzsche] estime que la majorité des faibles ne saurait contrebalancer l'importance qu'il y a à ce que règne et se réalise la minorité des forts; et ici encore gardons-nous d'aller trop vite, gardons-nous de simplifier : la notion nietzschéenne du fort, si, au moment où Nietzsche d'ailleurs va sombrer, elle aboutit à un César Borgia, est bien autre chose en son essence; et Nietzsche exige du fort tant de vertus que la plupart des gens préféreraient demeurer faibles au risque d'être broyés.
DU BOS, Journal, 1924, p. 21.
Proverbe. [P. allus. à la fable de La Fontaine, Le Loup et l'agneau, I, 10] La raison du plus fort est toujours la meilleure :
3. L'empereur trouvait qu'il y avait beaucoup trop d'ironie dans cette fable, pour être à la portée des enfants. Elle péchait d'ailleurs, disait-il, dans son principe et sa morale (...). Il était faux que la raison du plus fort fût la meilleure; et si cela arrivait en effet, c'était là le mal, disait-il, l'abus qu'il s'agissait de condamner.
LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 874.
C.— Domaine moral. Personne qui possède une grande énergie morale, une grande force de caractère. Ne nous soumets pas aux épreuves; le fort s'y retrempe, mais le faible y succombe (MÉNARD, Rêv. païen, 1876, p. 165) :
4. Le fort et le faible offrent deux types de comportement devant l'action complexe. Le fort, plus encore qu'un capitaliste, est un bon entrepreneur de la force psychique. Il exécute facilement et fréquemment des actes qui réclament la mise en jeu de tendances supérieures.
MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 269.
II.— [Désigne une chose]
A.— FORTIF. Ouvrage défensif de petite dimension, souvent isolé et situé en dehors d'une ville sur un point stratégique, ou faisant partie du système de fortification d'une place. Fort isolé, détaché; fort à étoile; fort de campagne. Trois petits forts, dont deux armés de douze canons et un de six, garantissent la partie méridionale de la ville de toute entreprise chinoise (Voy. La Pérouse, t. 2, 1797, p. 323) :
5. S'il parvient au bois Fumin, il [l'ennemi] emportera aisément la série des retranchements R3, R2 et R1 qui défendent les pentes au-dessus de l'étang de Vaux jusque près du fort. S'il s'empare des retranchements, le fort débordé tombera à son tour. Peut-être une journée lui suffira-t-elle pour opérer ce mouvement tournant qui lui livrera le fameux fort [it. ds le texte] cuirassé...
BORDEAUX, Fort de Vaux, 1916, p. 170.
B.— Partie la plus épaisse, la plus résistante (d'une chose). Le fort d'une voûte, d'une poutre; le fort de l'épée. (Dict. XIXe et XXe s.).
Spécialement
1. MAR. Fort d'un navire. ,,Partie où les couples sont le plus larges, soit un peu au-dessus de la flottaison, soit à la flottaison même`` (SOË-DUP. 1906). Ligne ou lisse du fort (BONN.-PARIS 1859). Largeur au fort (GRUSS 1952).
2. CHASSE. Partie la plus épaisse, la plus touffue d'un bois servant de repaire à certains animaux. S'enfoncer dans le fort du bois; le sanglier est dans son fort. Relancer une bête dans son fort (Ac. 1798-1932). Il [le cerf] abordera son vrai fort (...). Et c'est d'un saut oblique, en hourvari (...) qu'il s'envolera vers le cœur du fourré (GENEVOIX, Routes avent., 1958, p. 120).
C.— Au fig.
1. Moment d'intensité maximum (d'un phénomène physique ou moral). Trois ou quatre saignées qui auroient calmé le fort de l'éréthisme (GEOFFROY, Méd. prat., 1800, p. 142). Ces paroles survenaient au plus fort de sa détresse (FLAUB., Salammbô, t. 2, 1863, p. 68) :
6. L'art comporte une température et répugne à l'énormité. Une description ne devient pas plus émouvante pour avoir mis dix au lieu d'un. On a blâmé Conrad, dans le Typhon, d'avoir escamoté le plus fort de la tempête. Je l'admire au contraire d'arrêter son récit précisément au seuil de l'affreux...
GIDE, Voy. Congo, 1927, p. 692.
SYNT. Dans le fort, au plus fort de la chaleur, de l'été, de l'hiver, de l'orage; au fort, au plus fort de la crise, de la lutte, de la tourmente; au plus fort de sa colère, de sa douleur.
2. Partie la plus importante (d'une chose). Il aurait vu d'un bon œil (...) comme il prenait de l'âge, le fort des travaux de la terre retomber sur les épaules d'un gendre vigoureux et vaillant (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p. 28).
Loc. Le plus fort est fait. Le plus gros, le plus dur est fait. Le plus fort était fait. Avec précaution, Gérard franchit le vestibule et monta l'escalier sur la pointe des pieds (THEURIET, Mar. Gérard, 1875, p. 19).
3. Ce qui fait la puissance, la valeur, la qualité (d'une personne ou d'une chose). Le fort et le faible de qqc., de qqn; le fort et le fin de qqc. (d'un art, d'une science). Les faire naître [les conspirations], les étouffer, charger la mine, l'éventer, c'est le grand art du ministère; c'est le fort et le fin de la science des hommes d'État (COURIER, Pamphlets pol., Au Réd. du « Censeur », 1820, p. 39). Les parlementaires, comme tous les autres Français, ignoreront le fort et le faible de leur nouvelle Constitution (MAURIAC, Nouv. Bloc-notes, 1961, p. 155).
[Précédé d'un adj. poss. renvoyant à une pers.] Ce en quoi une personne excelle, manifeste des talents particuliers. La diplomatie n'était pas notre fort (BLANCHE, Modèles, 1928, p. 227) :
7. Son fort (...) sa véritable spécialité, c'était s'immiscer sournoisement dans les choses qui ne le regardaient pas...
COURTELINE, Ronds-de-cuir, 1893, 1er tabl., p. 45.
Prononc. et Orth. :[]. Cf. fort1. Étymol. et Hist. V. fort1, forte. Bbg. Archit. 1972, p. 164, 211. — BAMBECK (M.). Mittellateinische Lexikalia zum FEW. In :[Mél. Wartburg (W. von)]. Tübingen, 1968, t. 2, p. 223.
III.
⇒FORT3, adv.
A.— [Modifiant un verbe]
1. [Exprime la vigueur d'un effort physique quand le verbe traduit une action du corps] Avec force. Appuyer, pousser, presser fort; battre, cogner, frapper, taper, sonner fort; courir fort; embrasser fort. Il rama fort sur les mers grises (LAFORGUE, Complaintes, 1885, p. 150) :
Mais l'homme veillait; il serra plus fort ses poings noueux qui froissèrent d'une étreinte plus étroite les pattes du malheureux et Miraut, par des grognements significatifs, affirma lui aussi son implacable vigilance.
PERGAUD, De Goupil, 1910, p. 29.
Loc. fam. Aller fort
♦ [En parlant d'une pers. ou d'une chose, souvent à la forme négative] Ça ne va pas fort. Ça ne va pas bien, ça ne marche pas bien. Ses affaires ne vont pas bien fort (SAINT-EXUP., Courr. Sud, 1928, p. 16). Tu l'as vu, le communiqué? C'est vrai, au fond, que ça n'a pas l'air d'aller fort (MONTHERL., Exil, 1929, I, 3, p. 31).
♦ [En parlant d'une pers.] (Y) aller fort, un peu fort. Exagérer. Ah ah! ah! Le directeur... Il va fort! Il va vite... C'est vrai qu'il vous a dit cela? (GIDE, Faux-monn., 1925, p. 1041).
2. [Exprime la quantité ou l'intensité] Beaucoup, avec une grande intensité.
a) [Avec un verbe qui exprime une action ou un phénomène physique, l'émission de sons, une émanation] Il gèle, il pleut fort; couler fort; rougir, souffler, trembler fort; chanter, crier, gronder, gueuler, parler, pleurer, rire fort. J'ai toujours travaillé fort; personne ne peut rien dire à l'encontre (HÉMON, M. Chapdelaine, 1916, p. 239). Il faisait chaud, les femmes parvenaient à sentir plus fort que les frites (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p. 175).
[Fonctionne comme nominal] Avoir fort à faire; avoir fort à se plaindre; il y aurait fort à dire. Synon. beaucoup. Baillis, prévôts, vicomtes, officiaux et vicaires ont fort à entendre (FARAL, Vie temps st Louis, 1942, p. 93).
b) Littér. ou hypocoristique. [Avec un verbe exprimant ou impliquant un jugement ou un sentiment] J'ai fort admiré quatre magnifiques voyageurs assis (HUGO, Rhin, 1842, p. 85). Je ne m'amuse pas fort chez elle, en attendant qu'on trouve son pot à beurre (VALLÈS, J. Vingtras, Enf., 1879, p. 15). Je crains fort que ces belles paroles ne soient légendaires (ROLLAND, Beeth., t. 1, 1937, p. 53).
SYNT. Approuver, blâmer fort; aimer, désirer, goûter fort; détester, mépriser fort; s'ennuyer, se réjouir fort; douter, redouter fort; soupçonner fort; risquer fort; se tromper fort; émouvoir, étonner, inquiéter, intéresser, intriguer, irriter, plaire, déplaire fort; avoir qqc. fort à cœur; avoir fort envie de.
c) Vieilli. Il connaissait fort tous les Hollandais que j'avais vus en 1810 (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 1. 1823, p. 626). Je me passerais fort d'avoir une femme aussi spirituelle (PROUST, Guermantes 2, 1921, p. 464).
B.— [Modifiant un adj. au positif ou un adv. marquant le superl. abs.] Recherché, littér. ou région. Bien, très extrêmement.
1. [Devant un adj.] C'est un spectacle [les Landes] fort lugubre (GAUTIER, Tra los montes, 1843, p. 13). Un élève lorrain, fort arriviste et insinuant (BLANCHE, Modèles, 1928, p. 62).
SYNT. Fort divers, nombreux, répandu; fort complexe, différent; fort ancien, éloigné; fort commode, utile; fort apprécié, connu, critiqué; fort aise, content; fort pauvre, malade; c'est fort possible, fort aimable, fort agréable.
[Devant une loc. prédicative à valeur adj.] (Être) fort en colère, fort en retard, fort à la mode. Un homme et une femme que je pourrais nommer, gens riches ou du moins fort à l'aise (BLOY, Journal, 1907, p. 359).
2. [Devant un adv. ou une loc. adv.] C'est ce qu'il se donna le plaisir d'expliquer fort au long à la duchesse (STENDHAL, Chartreuse, 1839, p. 227). Jusqu'aux découvertes du docteur Henri Martin, on connaissait fort peu d'œuvres d'art solutréennes (S. BLANC, Init. préhist., 1932, p. 40).
SYNT. Fort bien; fort mal; fort adroitement, communément, heureusement, joliment, justement; fort longtemps, souvent; fort loin, tard; fort à propos; de fort bonne heure; de fort bonne grâce.
Prononc. et Orth. :[]. Cf. fort1. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 « avec une grande intensité » (Roland, éd. J. Bédier, 2946 : Ceste dolor ne demenez tant fort); 2. 1176-81 « solidement » (CHR. DE TROYES, Chevalier Lyon, éd. M. Roques, 2981). Emploi adv. de fort1 adjectif.
STAT. — Fort1, 2 et 3. Fréq. abs. littér. :42 140. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 72 617, b) 70 708; XXe s. : a) 53 794, b) 47 010.

1. fort, forte [fɔʀ, fɔʀt] adj.
ÉTYM. Xe; fém. fort jusqu'au XIVe; lat. fortis « solide, courageux ».
———
I Qui a de la force, un grand pouvoir d'action.
1 Qui a de la force physique (en attribut ou en épithète, généralement postposé; s'oppose à faible). Balaise (fam.), baraqué (fam.), costaud (fam.), puissant, résistant, robuste, solide, vigoureux. || Homme beau et fort. Athlétique, bâti (bien bâti), musclé, taillé (bien taillé). → Un corps de bronze, des muscles d'acier. || Une femme remarquablement forte. || Petit homme fort et râblé. || Un homme grand et fort. Alcide (vx), hercule, malabar (argot); → Une armoire à glace. — ☑ (1690). Être fort comme un Turc, comme un bœuf (→ Bœuf, cit. 10; chanson, cit. 7), comme un cheval : être très fort. || Animal très fort (→ Assujettir, cit. 7; auroch. cit. 1; écarteler, cit. 1). || L'exercice, l'entraînement l'ont rendu fort. Enforcir, fortifier (→ Atrophier, cit. 5). || Il est encore très fort pour son âge. Valide. || Un corps (cit. 17) sain et fort. || Être, se sentir fort sur ses jambes. → Bien campé. || Être fort des reins, des jambes. || Ouvrier aux bras forts (→ 1. Boulanger, cit. 1).Par ext. (Abstractions; parfois antéposé). || Forte constitution. || Race forte. — ☑ Loc. Le sexe (cit. 4.2) fort : les hommes. || Jouir d'une forte et allègre (cit. 1) santé. → Avoir une santé de fer; être plein de santé.
1 Mes gens vous aideront, et je les ai pris forts,
Pour vous faire service à tout mettre dehors.
Molière, Tartuffe, V, 5.
2 Voici donc une troisième conséquence de la constitution des sexes, c'est que le plus fort soit le maître en apparence, et dépende en effet du plus faible (…)
Rousseau, Émile, V.
3 Le besson était fort en reins et en cuisses. Il avait un petit buste terrible et nerveux et toute la force de son sang de poivre était là sur ses hanches accumulée en deux énormes muscles au milieu de lui comme la force de l'arc est au milieu de l'arc.
J. Giono, le Chant du monde, II, I.
4 Il le saisit aux épaules et le poussa vers la porte; Philippe voulut résister, mais c'était désespérant : Maurice était fort comme un bœuf.
Sartre, le Sursis, p. 155.
Prov. La raison du plus fort est toujours la meilleure (La Fontaine, Fables, I, 10) : le plus fort, le plus puissant fait toujours prévaloir sa volonté.
Quand on n'est pas le plus fort, il faut être le plus malin : la ruse et l'adresse sont indispensables au faible.
Fig. Donner, prêter main-forte à qqn. Main-forte. — ☑ (XXe). Recourir à la manière forte, à la contrainte, à la violence.
2 (1580). Considérable par les dimensions. Grand, gros, important (épithète postposée).(En parlant des personnes, et plus particulièrement des femmes). Euphémisme employé pour gros (s'oppose à mince). || Femme forte, un peu forte. Corpulent (cit. 1), gras, gros, obèse (→ Embonpoint, cit. 7). || Vous êtes un peu trop forte pour porter ce vêtement, ce pantalon.
5 Elle avait toujours ces vêtements qui paraissaient avoir appartenu à une personne plus forte, tant ils s'ajustaient mal sur son maigre corps.
J. Green, Adrienne Mesurat, III, VIII.
(XXe). || Personne forte des hanches. Large. || Elle a la taille assez forte. || Une forte poitrine, très développée. Opulent. || Cou très fort → Cou de taureau. || Nez fort, gros ou busqué.(Antéposé). || Forte barbe, forte moustache. Dru (→ Cosmétiquer, cit.).
6 (…) un homme était assis, de quarante à quarante-cinq ans, petit, gros, trapu, rougeaud (…) une forte barbe courte et des yeux flamboyants (…)
Alphonse Daudet, Tartarin de Tarascon, I, I.
3 (1659). Qui a une grande force intellectuelle, de grandes connaissances (dans un domaine), qui excelle dans la pratique (de qqch.). Bon, calé (fam.), capable, doué, expérimenté, ferré (fam.), habile; → fam. Fortiche. (En attribut ou postposé). Correspond à faible, I., 4. || Être fort dans sa partie. → 3. Fort, I., 1. : c'est son fort. || Il est fort en tout, c'est un cerveau. || Élève fort en géométrie, en histoire. || Cet élève est fort, n'est pas fort; un élève fort. — ☑ Loc. (N. m.). (1850). Un fort en thème. fam. As, crack, fortiche. || C'est le plus fort de la classe. || Tu n'es pas assez fort pour suivre ce cours. || Être fort sur un point, un sujet, une question. || Il est très fort sur les théories de X, la biographie de Y. || Être fort à un exercice, à un jeu, savoir très bien le pratiquer, réussir parfaitement. || Être fort au tir, au saut à la perche. || Joueur fort aux échecs, aux dames, à la belote. Imbattable.REM. De nos jours, on emploie plutôt Être fort en, dans pour une discipline intellectuelle. Être fort sur pour un point particulier ne constituant pas à lui seul une discipline, Être fort à, pour un exercice pratique, un jeu, un sport. — Par plais. || Il est toujours très fort pour parler, critiquer; plus fort pour parler que pour agir, fort avec la langue. — ☑ Loc. Être fort en bouche, en bec, en gueule, et, subst. (1669), c'est un fort en gueule. Bavard, braillard, gueulard.
(1865). Par dénigrement. || Il n'est pas très fort (→ Il n'a pas inventé la poudre, le fil à couper le beurre).
7 (…) je suis diablement fort sur les impromptus.
Molière, les Précieuses ridicules, 9.
8 Socrate et Agathon étaient forts sur l'amour.
Racine, Livres annotés, Platon, Note sur le Banquet.
9 Malgré la sévérité de ce professeur, j'étudiai sous lui pendant six mois, et je devins un de ses plus forts écoliers (…)
A. R. Lesage, Estevanille Gonzalès, IV.
10 En atteignant à la fin de sa seconde année de droit, Oscar, déjà plus fort que beaucoup de licenciés, faisait le Palais avec intelligence, et plaidait quelques référés.
Balzac, Un début dans la vie, Pl., t. I, p. 710.
11 À cette époque, je n'étais pas très fort sur la manœuvre, et je me trouvais complètement à la merci de la science nautique de mon ami.
Baudelaire, Trad. E. Poe, Les aventures d'A. Gordon Pym, I.
12 — Nous disions : « C'est un brave homme, mais il n'est pas bien fort » (…)
— (…) Et vous ne le jugiez pas très fort ?
— Oh ! pour moi, il était bien assez fort. Pour d'autres, il paraît que non.
— Tiens !
— Quand on allait le voir, il ne trouvait pas.
J. Romains, Knock, II, 1.
12.1 Jeanne était forte en orthographe, mais en calcul, il s'en fallait qu'elle fût aussi avancée.
M. Aymé, Maison basse, p. 209.
Fam. (Choses). Adroit, intelligent, malin. || J'ai lu sa dernière critique : ce n'est pas très fort ! || Réussir à dresser ses ennemis les uns contre les autres, voilà qui est très fort.
Loc. C'est son point fort, sa partie forte, la partie où il est fort (→ Faible, I., B.).
———
II (XIIe; la force étant considérée sous des aspects passifs).
1 (Choses). Qui résiste, a de la force (II., 1.). Résistant, solide. || Du bois fort (→ Croître, cit. 2). || Un cuir, un métal fort. || Papier fort. Cartonné, épais, rigide. || Tissu fort. Résistant, solide. (Épithète en général postposée). Correspond à faible, I., 2., à fragile. (→ 1. Bien, cit. 37). || Fil, ruban fort ( Extra-fort). || Pilier très fort. || La voûte est assez forte pour supporter l'édifice. || Étais qui rendent une digue plus forte ( Consolider, renforcer).Mar. || Navire fort de côté, « qui résiste fortement à l'effort du vent avant de s'incliner » (Gruss). — ☑ Loc. Colle forte. Tenace. || Terre forte, argileuse, difficile à labourer. Gras (→ Argile, cit. 2).Par métaphore. || Forts liens, forte liaison (→ Approprier, cit. 5; attacher, cit. 48; chaîne, cit. 24).
2 (XIIIe). || Une place forte, une ville forte. Fortifié; 3. fort (III.), fortification. || Un château fort. Château, 3. fort (III.), forteresse.Par anal. || Un coffre-fort. || Une chambre forte.
13 Louvois et Vauban établirent un plan d'ensemble pour la défense du territoire. Une triple ligne de places fortes couvrit la frontière la plus faible : celle du Nord (…) Vauban les fortifiait d'après des principes nouveaux.
A. Rambaud, Hist. de la civilisation franç., t. II, p. 209 (→ Fortification, cit. 3).
3 (Fin XIIe). Qui est capable de résister au monde extérieur ou à soi-même. Aguerri, armé, courageux, énergique, ferme (en attribut ou en épithète, généralement postposé). || Être fort dans l'adversité, l'épreuve. → Tenir bon. || Un caractère fort. Autoritaire, trempé. || Les fortes natures bravent (cit. 10) les médiocres. || Volonté forte. || Une âme forte (→ Exemple, cit. 10; expression, cit. 3).(1690). || La femme forte dont parle l'Écriture.
14 Qui trouvera une femme forte ? elle est plus précieuse que ce qui s'apporte de l'extrémité du monde.
Bible (Sacy), Proverbes, XXXI, 10.
15 (…) que de faiblesse en une âme si forte !
Corneille, Cinna, IV, 5.
16 Les enfants qui s'effrayent du visage qu'ils ont barbouillé, ce sont des enfants; mais le moyen que ce qui est si faible, étant enfant, soit bien fort étant plus âgé !
Pascal, Pensées, II, 88.
17 Il n'est pas assez fort pour me quitter le premier, et, quoiqu'il ne m'aime pas dans le sens véritable du mot, il tient à moi par une habitude de plaisir, et ce sont celles-là qui sont les plus difficiles à rompre.
Th. Gautier, Mlle de Maupin, VI.
18 Un homme est bien fort quand il s'avoue sa faiblesse.
Balzac, la Peau de chagrin, Pl., t. IX, p. 140.
19 Le repliement sur soi-même n'est bon qu'aux natures singulières et fortes, et encore, à condition d'être relatif et entrecoupé.
Montherlant, les Jeunes Filles, p. 28.
20 La bonté nous entraîne à des devoirs trop lourds (…) Il y a peu d'êtres assez forts pour être bons.
Chardonne, l'Amour du prochain, p. 129.
Loc. (1861). Une forte tête. Tête (→ Étourdir, cit. 21; fainéant, cit. 5). — ☑ (Déb. XVIIe). Les esprits forts, incrédules. Esprit (cit. 118 et 119). → Accepter cit. 6.
———
III (XIIIe, vin fort). Qui agit beaucoup ou efficacement ( Force, II., 2.).
A Intense, actif.
1 Intense (mouvement, effort physique). S'oppose à faible, I., 7. (l'épithète est postposée ou antéposée). || Coup très fort. Énergique, violent. || Battement (cit. 9) fort et précipité. || Forte poussée, forte oscillation. || Un vent fort. || Mer forte.
21 L'oscillation du navire a été si forte que les lampes les mieux suspendues se sont à la fin renversées.
Valéry, Variété, p. 16.
(Avant le nom). Qui dépasse la normale. || Forte montée, forte descente. || Fortes rosées d'automne. Abondant. || Fortes chutes de neige, de pluie. || Forte crue (cit. 2), forte marée (→ Conjonction, cit. 6). || Fortes chaleurs. || Forte fièvre. Carabiné, soigné (fam.). → Une fièvre de cheval. || Forte dose; forte ration. Copieux. || Fort rendement à l'hectare. || Forte différence. || Payer une forte somme. Beau (→ Cas, cit. 7), gros. || Toucher une forte indemnité. || Une forte croissance économique.De fortes chances.
(Après le nom). || Payer le prix fort.
Le plus fort est fait, le plus gros (et aussi le plus difficile).
22 Que reste-t-il ? le plus fort en est fait (…)
La Fontaine, Contes, « Richard Minutolo ».
2 (V. 1530). Dont l'intensité a une grande action sur les organes des sens (épithète plutôt postposée).(Opposé à doux, faible, I., 7., léger). || Une lumière forte, trop forte, pas assez forte.
Par ext. || Une forte détonation, une détonation forte. || Voix forte. Claironnant, sonore (→ Aïeul, cit. 5; appeler, cit. 3; crier, cit. 19; étage, cit. 7).Spécialt. || Accent fort, accentuation forte d'une syllabe. || Forte articulation d'un son. || Consonne forte, « qui comporte une intensité notable de l'effort musculaire exigé par l'articulation » (Marouzeau).Mus. || Temps fort (contr. : faible).Spécialt. || La pédale forte d'un piano.
Des odeurs fortes. Lourd, violent (→ Affecter, cit. 2; ardeur, cit. 49; carcasse, cit. 1; exhaler, cit. 4; évanouir, cit. 26). || Parfum fort et tenace. Enivrant, pénétrant.Péj. || Haleine forte. Fétide.
23 Il y avait derrière nous des seringas dont je sens encore le parfum très fort. On voyait les étoiles à travers les branches. Ce fut un moment de bonheur parfait.
A. Maurois, Climats, I, II.
24 (…) un jardin merveilleux plein de fortes senteurs (…)
J. Green, Léviathan, I, XIII.
Goût fort, saveur forte. || Un fort goût de…Par ext. || Fromage fort. Avancé. || Le piment rouge est plus fort que le piment vert. || Moutarde très forte. Extra-fort, piquant. || Sauce trop forte ( Épicé, relevé) qui emporte la bouche. || Boisson amère et forte. || Beurre fort, d'une saveur anormale et désagréable. Âcre, rance. || Tabac fort, cigarettes fortes.
Spécialt. Qui affecte violemment le goût, par la concentration de l'infusion, du mélange.(1890). || Café, thé fort. Noir (contr. : léger). || Une absinthe très forte, bien tassée, à laquelle on ajoute peu d'eau.(XIIIe). Par le degré d'alcool. || Un vin fort, très alcoolisé (contr. : clairet). || Liqueurs fortes. → Aduste, cit. 2; bière, cit. 4; blaser, cit. 2; breuvage, cit. 2. — Par ext. || Boisson forte en alcool, riche en alcool.
Loc. (1732). C'est un peu fort de café ! : c'est un peu fort (au sens A., 4. ci-dessous).
25 Comment (…) il y a vingt jours que vous êtes à la mort, et ils ne sont pas encore venus savoir de vos nouvelles ! C'est un peu fort de café, cela ! (…)
Balzac, le Cousin Pons, Pl., t. VI, p. 649.
3 (1642). (Abstrait). Grand, intense. (L'épithète est antéposée ou postposée). || Éprouver un sentiment très fort pour qqn, un très fort sentiment de… || Amitié forte, amour fort. || Une forte haine. Violent. || Douleur trop forte (→ Brouiller, cit. 3). || De fortes appréhensions. || Faire une forte impression sur quelqu'un. Vif. || Une forte commotion. || Avoir une forte envie de gifler quelqu'un. || Brûler d'un fort désir de… || La tentation était trop forte (→ Carquois, cit. 22).
26 As-tu donc pour la vie une haine si forte (…)
Corneille, Polyeucte, V, 2.
27 Je n'ai point de plus forte envie que d'être à vous (…)
Molière, l'Amour médecin, III, 6.
Qui se remarque par ses effets (dans une durée). || Les temps forts d'un spectacle, d'une émission. || Les moments forts d'un film.
(Fin XIIIe). Qui a des effets intellectuels importants. Puissant. (Épithète en général antéposée). || Il y a de fortes raisons de croire que… (→ État, cit. 125). — ☑ (1580). À plus forte raison. A fortiori (→ Céleste, cit. 4). || Fortes objections. || De fortes présomptions pèsent sur lui. Grave, lourd. || Une forte opposition au sein du gouvernement.
28 Il (Corneille) a un nom très respecté, il est mort; voilà déjà une raison bien forte (je ne dis pas bien bonne) en sa faveur.
D'Alembert, Lettre à Voltaire, 27 janv. 1762.
(Av. 1662). Dont l'intensité a un grand pouvoir d'évocation (moyens d'expression). [Épithète en général postposée]. || Style fort. Coloré, concis, éloquent, expressif, ferme, précis, vivant (→ Connaisseur, cit. 4). || Langue forte et précise (→ Excès, cit. 13). || Une expression forte (→ Aimer, cit. 28). || Terme trop fort, qui dépasse la pensée. || L'épithète (cit. 7) est un peu forte ! Outré. || Je ne trouve pas de mot assez fort pour exprimer mon admiration. || Le sens fort d'un mot; au sens fort du mot. Propre, strict.Une œuvre forte. Puissant, vigoureux.
29 Certains poètes sont sujets, dans le dramatique, à de longues suites de vers pompeux qui semblent forts, élevés (…)
La Bruyère, les Caractères, I, 8.
30 Du Bos, lui, savait triompher de sa préciosité lorsqu'il s'agissait de certaines questions vitales; il écrivait alors de fortes pages pleines d'une conviction émouvante et qui surprend presque chez un esprit si quintessencié; cependant que Chardonne raffine encore.
Gide, Attendu que…, p. 14.
31 En effet, le mouvement de révolte est plus qu'un acte de revendication au sens fort du mot.
Camus, l'Homme révolté, p. 30.
4 (Fin XIVe). Difficile à croire ou à supporter par son caractère excessif (surtout attribut; l'épithète est rare : une forte plaisanterie, une plaisanterie un peu forte). || La plaisanterie est un peu forte. Exagéré, poussé; → Passer les bornes, la mesure; aller trop loin.Elle est forte celle-là ! (fam.), se dit d'une histoire, d'une aventure étonnante.
(1692). Fam. Ça c'est fort, un peu fort, où est-il passé ? Formidable, inouï, raide; → ci-dessus : un peu fort (cit. 25) de café.C'est trop fort, vous êtes pris en flagrant délit et vous niez ! (→ C'est le bouquet, c'est un comble). || Ce qu'il y a de plus fort, le plus fort c'est que… Extraordinaire, incroyable, invraisemblable, stupéfiant. — ☑ (XXe). C'est plus fort que de jouer au bouchon.De plus en plus fort ! (formule traditionnelle des parades foraines). || Plus fort encore… (→ Bien mieux).
32 — Ah ! c'est trop fort ! s'écria Frédéric. À peine avait-il son bonheur entre les mains qu'on voulait le lui prendre.
Flaubert, l'Éducation sentimentale, I, VI.
33 Et le plus fort, c'est qu'il le croyait !…
Alphonse Daudet, Tartarin de Tarascon, I, III.
B Efficace (surtout en attribut; l'épithète est postposée).
1 Qui agit avec force, est capable de grands effets. || Un ressort très fort, à détente puissante. || Les explosifs les plus forts. Puissant. || Remède fort. Agissant, efficace (→ Un remède de cheval).Chim. || L'acide azotique est un acide fort. Force (d'un acide).Eau forte. Eau-forte.Phys. || Lunette forte, très grossissante.
2 (Personnes). a Qui a un grand pouvoir d'action, de l'influence. Influent, puissant (souvent explicitement opposé à faible). || Un homme fort par la situation qu'il occupe, les relations qu'il a (→ Apologie, cit. 2). || Il est fort parce qu'il est riche. || Oppression du plus faible (cit. 35) par le plus fort.Avoir affaire à forte partie : affronter un adversaire, ou une situation, redoutable. || Trouver plus fort que soi (→ Blanc-bec, cit. 2).
34 Ne lui commandez jamais rien, quoi que ce soit au monde, absolument rien. Ne lui laissez même pas imaginer que vous prétendiez avoir aucune autorité sur lui. Qu'il sache seulement qu'il est faible et que vous êtes fort; que, par son état et le vôtre, il est nécessairement à votre merci (…)
Rousseau, Émile, II.
35 Il y a bien un droit du plus sage, mais non pas un droit du plus fort.
Joseph Joubert, Pensées, XV, IV.
36 Quand je suis le plus faible, je vous demande la liberté parce que tel est votre principe; mais quand je suis le plus fort, je vous l'ôte, parce que tel est le mien.
Louis Veuillot, Conversation avec A. Cochin.
b Loc. (Pas d'opposition avec faible). Être fort de… : puiser sa force, sa confiance, son assurance dans… || Être fort de la protection, de l'aide, de l'assentiment (cit. 5) de qqn. || Fort de son innocence, il méprisait les accusations dirigées contre lui.
37 Il regrettait ces temps si chers à son grand cœur,
Où, fort de sa vertu, sans secours, sans intrigue,
Lui seul avec Condé faisait trembler la ligue.
Voltaire, la Henriade, I.
38 Il était, avant tout, fort de la popularité inouïe dont il jouissait dans son armée.
Louis Madelin, Hist. du Consulat et de l'Empire, Ascension de Bonaparte, XIII.
39 Fort des assurances de Charles, excité par ses conversations quotidiennes, j'attendais résolument les fermiers. Eux, forts de ce qu'un fermier se remplace malaisément, réclamèrent d'abord une diminution du loyer.
Gide, l'Immoraliste, p. 130.
(1809). Se porter fort pour qqn, répondre de son consentement, se porter garant, caution pour lui. Porte-fort.
(XIVe). Se faire fort de : se déclarer assez fort pour faire telle chose, se dire capable d'obtenir tel résultat. Piquer (se), targuer (se), vanter (se). || Se faire fort de vaincre un pays (→ Capituler, cit. 4). || Je me fais fort de réussir.
REM. Dans ces expressions, fort reste invariable. || « Elle se fait fort d'obtenir la signature de son mari » (Académie). Cette règle s'explique par l'identité de forme du féminin et du masculin en ancien français. De l'invariabilité en genre, on est passé à l'invariabilité en nombre : || « Ils se faisaient fort d'une chose qui ne dépendaient pas d'eux » (Académie).
40 (…) dire ils se font fort et non forts, cela n'est fondé ni sur l'archaïsme, ni sur la grammaire; fort est ici adjectif et non adverbe.
Littré, Dict., art. Fort, rem.
41 Il a dit en riant au Vice-Connétable que s'il y avait beaucoup de femmes comme celle-là à sa cour pendant qu'il y venait tant de rois, il se faisait fort de maintenir toujours la paix en Europe.
Balzac, la Maison du Chat-qui-pelote, Pl., t. I, p. 46.
42 (…) la mère, dont elle se faisait fort de remporter l'assentiment.
Gide, les Faux-monnayeurs, II, V.
43 (Elle me laissa entendre) qu'elle se faisait fort d'amener Octavie à des confidences.
F. Mauriac, la Pharisienne, II.
44 Tant de gens se font fort de vous ouvrir toutes les portes (…)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. II, XIV, p. 143.
Cependant, l'accord (grammatical et logique) se rencontre quelquefois, et est admis par la plupart des grammairiens normatifs.
45 De bonnes autorités locales se font fortes de démontrer que ce buste n'est pas de Puget.
Louis Bertrand, cité par Damourette et Pichon, §251.
3 Qui a la force (I., 5.), ou n'hésite pas à employer la contrainte ( Force, III.), surtout en politique. || État, gouvernement fort. || Régime fort.S'oppose à faible, I., 3.
46 (…) il avait soutenu que les sociétés qui veulent se maintenir fortes ne peuvent le faire qu'au moyen de lois fortes.
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 2 juin 1851, t. IV, p. 192.
47 (…) un peuple, pour être fort, doit être nombreux.
Julien Benda, la Trahison des clercs, p. 196.
(XXe). || L'homme fort d'un régime, d'un État : celui qui dispose de la puissance réelle (militaire…) et n'hésite pas à employer la force.
4 Qui dispose de moyens matériels importants. || Une armée forte, efficace au combat (par l'armement, les effectifs).(V. 1680). || Cavalerie forte de…, dont l'effectif est de…
48 La flotte de Hollande, forte de trente-deux vaisseaux et de quatre mille soldats (…)
Racine, Notes historiques, XXXVII.
Par anal. (l'idée de nombre l'emportant sur celle de force) :
49 (…) une pièce de la ferme, où l'on devait élever une grande meule, haute de huit mètres, forte de trois mille bottes.
Zola, la Terre, III, IV.
Jeu. Se dit d'une carte, etc., qui permet de battre l'adversaire. || À la belote, le valet d'atout est plus fort que la dame. || Garder la carte la plus forte pour la dernière levée.Couleur forte, où se trouvent réunies les plus fortes cartes. N. f. || La forte : la couleur forte. || Jouer dans la forte du mort.
5 Qui agit efficacement, produit des effets importants. (Qualités morales ou intellectuelles; s'oppose à faible, I., 5.). || Sentiment, croyance (cit. 11) plus forts que la raison. || Son ambition était plus forte que ses remords. || L'appât du gain fut le plus fort. || Un argument fort. Convaincant, décisif, efficace; → Un argument massue; un argument ad rem (cit.).
50 En dépit qu'on en ait, elle se fait aimer;
Sa grâce est la plus forte (…)
Molière, le Misanthrope, I, 1.
51 (…) comme vous embellissez et faites chérir tous les sentiments honnêtes ! Ah ! c'est là votre séduction; c'est la plus forte; c'est la seule qui soit, à la fois, puissante et respectable.
Laclos, les Liaisons dangereuses, Lettre LXXXIII.
52 Nos idées ne sont si fortes et ne nous sont d'un si grand prix, que parce qu'à la longue elles nous façonnent.
André Suarès, Trois hommes, « Ibsen », VIII.
53 Les femmes ont une déraison plus forte que la raison. Tout s'y brise (…)
Paul Léautaud, Journal littéraire, 23 déc. 1905.
54 À partir de ce moment, en effet, on vit toujours la misère se montrer plus forte que la peur, d'autant que le travail était payé en proportion des risques.
Camus, la Peste, p. 195.
L'amour (cit. 21) est fort comme la mort, vers du Cantique des cantiques. || L'amour est plus fort que la mort.Fort comme la mort, roman de Maupassant.
55 L'amour est libre, il n'est jamais soumis au sort
Ô Lou, le mien est plus fort que la mort
Apollinaire, Ombre de mon amour, « Adieu ! »
56 Elle consent à tout, pour que Mailla continue à la voir. Après tout, c'est bien cela, l'amour : ce qui est plus fort que l'orgueil.
Émile Henriot, Portraits de femmes, p. 216.
(1865). Cela, c'est plus fort que moi, se dit d'une habitude, d'une passion, d'un préjugé… dont on ne peut vaincre l'ascendant. Invincible, irrésistible. || C'est plus fort que moi, je ne peux pas le voir.
57 Vous ne pouvez pas me comprendre (…) C'est quelque chose qui est plus fort que moi.
Maeterlinck, Pelléas et Mélisande, II, 2.
6 (XXe). || Monnaie, devise forte, qui sur le marché des changes a un cours élevé et varie peu.
REM. Pour les emplois substantifs, voir 3. Fort.
CONTR. V. Faible. — Anémique, chétif, débile, déficient, délicat, fluet, fragile, frêle, maladif, malingre, souffreteux. — Anodin, inefficace, inconsistant. — Doux, léger. — Étroit, grêle, mince. — Invertébré, mou. — Craintif, inconsistant, peureux, timide, timoré, versatile. — Futile. — Ignorant, incompétent, nul. — Doucement, peu.
DÉR. 2. Fort, 3. fort, fortement, fortiche.
COMP. Contrefort, eau-forte, extra-fort, fort-à-bras, main-forte, terrefort.
HOM. For, fors, 2. fort, 3. fort; formes du v. forer.
————————
2. fort [fɔʀ] adv.
ÉTYM. Déb. XIIe; de 1. fort.
1 Adv. de manière. Avec de la force physique, en fournissant un gros effort. Fortement. || Frapper fort. Dur, vigoureusement, violemment. || Tirer, pousser fort et ferme. || Serrer très fort un objet (→ Arracher, cit. 26). || Claquer (cit. 6.1) une porte très fort. || Lancez la balle plus fort ! || Sonnez fort. || Toussez, respirez fort ! || De plus en plus fort : en augmentant.
Avec une grande intensité. || Son cœur battait fort (→ Appuyer, cit. 16). || Le vent souffle fort. || Il a plu très fort. || Poêle, chauffage qui marche trop fort. || Ce robinet coule trop fort. Abondamment.Parler, crier fort. Véhémentement; → Comme un diable, comme un sourd. || Chanter fort. Forte, fortissimo. || Orchestre qui joue trop fort.(XXe). || Sentir fort : dégager une odeur violente.
58 Tout le mystère de la puissance et du prestige m'apparaît dans un éclair. Une simple question de savoir qui peut parler le plus fort.
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, III, XII.
(1916). Fig. Y aller fort. Exagérer (→ Combler la mesure, dépasser les bornes). || Cinq cent mille francs ! Vous y allez fort ! || Il y va fort, le frère ! (fam.).
2 Adv. de quantité. (XVe). a (Avec un verbe; rare dans la langue parlée sauf régionalement et dans quelques expressions). Beaucoup, excessivement, extrêmement. || Cet homme me déplaît fort. Souverainement. || Cela lui tient fort à cœur. || Il aime fort ce genre d'occupations. || Vous m'obligeriez fort… 1. Bien. || Je doute fort que… (→ Aheurtement, cit.). || Ou je me trompe fort ou vous êtes dans l'erreur. — ☑ Loc. Avoir fort à faire [fɔʀ(t)afɛʀ].
59 Elle aurait fort à faire, et ses soins seraient grands (…)
Molière, le Misanthrope, III, 5.
60 Il y a fort à dire, et les choses ne sont pas égales.
Molière, George Dandin, I, 4.
61 Les hommes (…) veulent si fort tromper et si peu être trompés (…)
La Bruyère, les Caractères, XI, 24.
b (Vieilli, régional ou littér.). Devant un adjectif ou une expression ayant valeur d'adjectif, devant un autre adverbe. 1. Bien, tout (à fait), très. || Un oiseau fort petit (→ Casoar, cit. 1). || Une après-dînée (cit. 1) fort longue. || Homme fort amoureux (cit. 1), fort riche, fort occupé. || Être (cit. 1) fort las, fort mécontent, fort embarrassé. || J'en suis fort aise (cit. 24). || J'en serais fort content (→ Affecter, cit. 7). || Avoir un fort bon caractère (cit. 49). || Voilà un fait fort étrange (→ Affliger, cit. 1). || Une histoire fort triste.Accueillir (cit. 1) quelqu'un fort honnêtement. || La cigale se trouva fort dépourvue (cit. 1). || Il s'esquiva fort discrètement. || Se conduire fort mal. || C'est fort mal à vous. || Savoir fort bien que… (→ Étouffer, cit. 3). || Se passer fort bien de… (→ Acquérir, cit. 19). || Fort bien ! exprime l'accord, l'assentiment (→ Accord, cit. 5; clôturer, cit. 1). || Il en reste fort peu.Arriver de fort bonne heure. || Être fort à la mode.
62 (…) qu'on me coupe une oreille,
Si tu portes fort loin une audace pareille !
Molière, le Dépit amoureux, III, 10.
63 De fort mauvaise humeur et très humilié, Julien ne dormit point.
Stendhal, le Rouge et le Noir, I, XV.
64 Il y avait cent à parier contre un qu'il finirait par être un pair de France fort raisonnable, fort sérieux, fort soigneux (…)
Stendhal, Romans et Nouvelles, « Le rose et le vert », VI.
HOM. For, fors, 1. fort, 3. fort; formes du v. forer.
————————
3. fort [fɔʀ] n. m.
ÉTYM. V. 1170; de 1. fort.
———
I
1 (XIVe). Dans des expressions comportant faible. Le côté fort, l'aspect sous lequel une personne, une chose révèle le plus de puissance, de valeur, d'efficacité. || Le fort et le faible d'une chose, d'une personne. Faible (cit. 41 et supra). — ☑ Loc. Le fort portant le faible : toutes choses étant compensées, ce qui manque d'un côté étant suppléé de l'autre (Académie).
65 (…) des citoyens s'instruisent du dedans et du dehors d'un royaume (…) savent le fort et le faible de tout un État (…)
La Bruyère, les Caractères, IX, 24.
66 Enfin, après avoir examiné le fort et le faible des sciences, il fut décidé que monsieur le marquis apprendrait à danser.
Voltaire, Jeannot et Colin.
67 Après cette première et redoutable épreuve, elles pourraient se livrer avec moins de danger aux chances terribles du mariage, connaissant le fort et le faible de leurs futurs tyrans.
Baudelaire, la Fanfarlo.
(1648; Après un possessif). Ce en quoi quelqu'un est fort, excelle.C'est son fort. || Son fort, c'est la critique.Fam. et iron. || La générosité n'est pas son fort ( Fait). || « La bêtise n'est pas mon fort » (Valéry, M. Teste).
68 — As-tu bien fait attention à ton stratagème ?
— Oh ! que oui, monsieur ! C'est mon fort que l'attention. J'ai tout cela dans ma tête (…)
A. R. Lesage, Turcaret, IV, 1.
69 Je raisonne mal; la logique n'est pas mon fort (…)
Gide, Œdipe, I.
70 Certes, éprouver jusqu'au raffinement une sensation quelconque n'était pas son fort.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, VIII, p. 72.
70.1 Ah ! la grammaire c'est pas mon fort. Et c'est ça qui m'en a joué des tours
Queneau, Zazie dans le métro, Folio, p. 163.
2 (1611). Partie forte, résistante d'une chose.(Archit.). || Le fort d'une voûte, d'une poutre.(1719, Richelet). || Le fort de l'épée : le tiers proche de la garde où la lame, plus épaisse et plus résistante, sert à parer les coups. || Le fort du fleuret.(1865). Mar. La plus grande largeur d'un navire. || Largeur au fort.
3 (V. 1534; d'un anc. sens de l'adj. « épais »). || Le fort de la forêt, l'endroit le plus épais.Par ext. (t. de chasse). || Animal qui se retire dans son fort, dans le fourré qui lui sert de refuge. Repaire (→ Défaut, cit. 15).
71 Il sait un rendez-vous de chasse, il s'y trouve; il est au laisser-courre : il entre dans le fort, se mêle avec les piqueurs (…)
La Bruyère, les Caractères, VII, 10.
4 Loc. fig. Au fort de l'été (cit. 1), de l'hiver. Cœur, milieu (→ En plein été). || Au fort de la tempête. Plus cour. || Au plus fort de… || Au plus fort du combat, de la mêlée (→ Dans la chaleur de).
72 Je me couchais sans feu dans le fort de l'hiver (…)
Molière, Sganarelle, 2.
73 Même tout seul l'oiseau au fort
Du massacre ne s'est pas tu
Aragon, le Crève-cœur, « Poème interrompu ».
(V. 1550). En parlant de notions abstraites. || Au fort de sa colère (→ Autant, cit. 40). || Au plus fort de la douleur.
74 Toujours tu me verras, au fort de mon ennui,
Mettre tout mon plaisir à te parler de lui.
Racine, Alexandre, IV, 3.
75 Au plus fort de la bouffonnerie comme au plus fort de la licence, il reste homme de bonne compagnie (…)
Taine, les Origines de la France contemporaine, II, t. II, p. 92.
76 Patrice Périot devait souvent s'interrompre, au fort d'une méditation bien menée (…)
G. Duhamel, le Voyage de P. Périot, III.
———
II
1 Personne qui a une grande force musculaire, une bonne santé (rare en emploi général). || Les mariages consanguins affaiblissent (cit. 6) les faibles et fortifient les forts. — ☑ (XVIIe). Fort de la Halle (vieilli), des Halles : employé de la Halle, des Halles de Paris qui manipule et livre les marchandises. Par ext. Coltineur, portefaix, porteur.Rare. || Un fort.
77 Les facteurs de la Halle, les gros marchands de légumes, de viande, de beurre et de marée sont des gens qui savent se traiter comme il faut, et les forts eux-mêmes ressemblent un peu à ces braves portefaix de Marseille qui soutiennent de leurs capitaux les maisons qui les font travailler.
Nerval, les Nuits d'octobre, XIV.
2 (Déb. XVe). Plur. ou sing. collectif. Personne qui a la force, la puissance (matérielle). Puissant. || Les forts imposent leur volonté. || C'est la lutte du faible contre le fort. → C'est le pot de fer contre le pot de terre, et, prov., 1. fort, infra cit. 4, La raison du plus fort. || Protéger le faible contre le fort (→ Égalité, cit. 7).La loi du plus fort (→ Outlaw, cit. 1.1).
78 Une chose plus grave est que l'écrasement du faible par le fort rencontrait alors, sinon l'approbation, du moins l'indulgence (…)
Julien Benda, la Trahison des clercs, p. 32.
79 Il y a une justice dans le monde, une justice qui met les forts à côté des faibles. Et si les faibles ne sont pas contents, vraiment, c'est qu'ils ont mauvais caractère.
G. Duhamel, Salavin, III, XV.
3 (1835). Au plur. Personne qui a une force morale, de l'énergie, de la fermeté, du courage (→ Faiblesse, cit. 34). || Les échecs (cit. 10) trempent, aguerrissent les forts (→ Circonvenir, cit. 3). Relig. || Le pain des forts.
80 Gloire à notre France éternelle !
Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts !
Hugo, les Chants du crépuscule, III.
81 Les charmes de l'horreur n'enivrent que les forts !
Baudelaire, les Fleurs du mal, Tableaux parisiens, « Danse macabre ».
———
III (XIIIe). Ouvrage destiné à protéger un lieu stratégique, une ville. Forteresse, fortification, fortin (→ Clairon, cit. 3; colonne, cit. 12; estacade, cit. 1). || Un fort en maçonnerie, en béton. || Abris blindés, casemates, coupoles cuirassées d'un fort. || La contre-porte d'un fort. || Fort d'arrêt. || Fort détaché. || Fort qui commande une ville, verrouille un défilé. || En 1916, les forts de Vaux et de Douaumont ont brisé l'offensive allemande.
DÉR. Forteresse.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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